En complément de l’appel de notre présidente Nathalie Georges, nous constituons un dossier de textes et de réactions qui répondent aux propositions faites par le SNP à la DGOS et au compte rendu du groupe de travail " Réflexions menées sur la structuration institutionnelle de l’activité des psychologues de la fonction publique hospitalière" (réunion des organisations syndicales représentatives au ministère.)
- Lettre du Collège des Psychologues des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg
Objet : en réponse au compte rendu du sous groupe de travail "métier de psychologue"
A l’attention de Mme Edith Coma
Secrétariat d’état à la santé
Madame
En réunion du collège des psychologues des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS), nous avons pris connaissance du compte rendu du premier sous-groupe de travail : réflexions menées sur la structuration institutionnelle de l’activité du 9 septembre 2011 et nous souhaitons vous faire part de notre position.
La création d’une unité de rattachement des psychologues, avec un responsable désigné ayant une position hiérarchique et une fonction d’encadrement, est fondamentalement en contradiction avec les statuts de notre profession.
Depuis plus de 15 ans aux HUS les psychologues sont regroupés en collège. Notre collège travaille en lien avec la DRH, notamment lors de rencontres mensuelles, pour tout ce qui concerne :
La représentation du corps professionnel dans l’établissement
Le recrutement des psychologues (jury, concours…)
Les différentes accréditations
La gestion de la formation continue des psychologues etc.
Par ailleurs, chaque psychologue est rattaché à un pôle au sein duquel il travaille en étroite collaboration avec les équipes médicales et soignantes. Il rend compte de la nature et de l’organisation de son travail régulièrement à son chef de service.
Ce système permet aux psychologues une intégration dans l’institution tout en assumant la responsabilité de leurs actes et en préservant la qualité de l’offre de soins psychiques aux patients.
En espérant que vous tiendrez compte de notre position dans vos décisions futures, je vous prie d’agréer, Madame, l’expression de nos sentiments distingués.
Isabelle Galland
Psychologue
Présidente du Collège des Psychologues des HUS
isabelle.galland@chru-strasbourg.fr
PS : Copie aux différents syndicats
- Réponse de la Coordination de l’Inter collèges Ile de France
Réponses aux propositions de la DGOS
Le compte rendu (ci-joint) du premier sous-groupe de travail entre les organisations syndicales réunies le 9 septembre 2011 et la DGOS fait état de propositions concernant une structuration institutionnelle de l’activité du métier de psychologue. Cette idée qui peut paraître rassurante et séduisante au premier abord donne l’illusion que le travail et le positionnement des psychologues dans les institutions en sera amélioré. Il se pourrait toutefois qu’elles conduisent à des effets contraires.
Arrêtons-nous sur ces propositions et Interrogeons-nous sur ce que veut dire « structurer l’activité » pour la DGOS ?
1- Il est pour le moins surprenant de constater qu’une première proposition s’énonce en « création obligatoire ».
2- La mise en place d’un C.R.S. (Coordonnateur Responsable Supérieur) « rattaché à la DRH ». Certaines de ses missions seraient :
►Elaborer « un projet de prise en charge psychologique… ».
►Evaluer ses collègues
►Gérer la fonction FIR, rendre des comptes au nom de ses collègues, démontrer la « valeur ajoutée » de cette fonction, conçue et organisée sur le modèle de la formation continue.
Serions-nous dans une planification de l’action des psychologues ?
Notons que ce C.R.S. serait lui-même soumis, dans le cadre des entretiens d’évaluation dont il aurait la charge, « à l’avis du chef du pôle d’affectation » chapeauté lui-même par le directeur de l’établissement, n+1, n+2, n+ 3 !
Que devient l’espace de création dans ce système ?
De telles propositions ne témoignent-elles pas d’une réelle méconnaissance des fondements du travail du psychologue. Rappelons qu’il lui est impossible de prédéterminer l’acte clinique sans tenir compte de l’inédit de la rencontre avec un patient.
Donner une fonction hiérarchique à un coordonnateur au sein de cette profession conduirait de façon insidieuse à retirer au psychologue le choix de ses pratiques et la responsabilité individuelle nécessaire à l’élaboration de son action. Son engagement subjectif dans la relation singulière avec le patient en serait nié. La complexité de la vie psychique n’appelle aucune réponse simpliste.
Le psychologue doit penser ses actes en mettant à l’épreuve son propre cheminement qu’il interroge et travaille. De ce fait, le libre choix de son travail d’élaboration et de ses formations lui appartient. C’est pourquoi Recherche et Formation ne peuvent être dissociées dans son travail.
3- Rentabiliser la fonction FIR :
►La fonction FIR serait « gérée » par le C.R.S. « sur la base d’une contractualisation avec les différents professionnels ». De quel contrat s’agit-il : D’objectifs ? De bonnes pratiques ?
►Le C.R.S. devrait objectiver (« bilan ») les bénéfices (« valeur ajoutée ») de la fonction FIR « pour la prise en charge des patients ». Nous relevons au passage que « différents professionnels » pourraient déterminer la formation qui conviendrait au psychologue pour chaque patient !
Détournée de sa finalité, la fonction FIR ne serait plus au service du travail de recherche et d’élaboration permanente du clinicien.
La dimension subjective du travail du psychologue pose problème à la logique des organisations. C’est pourquoi la fonction FIR est soupçonnée de servir des intérêts personnels sans lien avec la clinique et pourrait être mise au service de la formation continue.
La circulaire de 1992 est sans équivoque à ce sujet : la fonction FIR est une nécessité soutenue comme telle par l’Etat. Elle fait obligation aux psychologues de travailler des aspects qui se présentent dans l’après coup et qui sont inhérents à toute relation clinique.
La position de tiers entre institution et patients exige un travail de distanciation, de créativité et une position clinique de libre arbitre.
Il ne faut pas confondre le travail d’approche de la subjectivité et l’individualisme qui est souvent reproché au psychologue qualifié « d’électron libre ». Ce travail n’est en aucun cas un refus de la prise en compte de la dimension du collectif. Il est une nécessité pour chaque professionnel soumis aux impératifs de sa pratique.
La question du collectif pour les psychologues
Reprenons l’enquête menée par le SNP à partir de laquelle la DGOS fait ses propositions :
Sur 20 % de réponses des établissements sollicités l’enquête du SNP montre que « dans 66% des cas le regroupement des psychologues n’est pas positionné dans l’architecture organisationnelle ».
Faut-il en déduire que le psychologue ne s’inscrit nulle part ?
Il est important de souligner que si les collèges de psychologues ne sont pas positionnés « dans l’architecture organisationnelle de l’établissement », le psychologue quant à lui dépend non seulement d’un supérieur hiérarchique direct : le Directeur (son « n+1 » !), de plus il se doit d’articuler étroitement son activité à un projet de pôle dans un collectif de travail.
A quoi servirait de complexifier la hiérarchie avec des « n+1, 2, 3… » ? Pourquoi sous entendre que nous n’avons pas de supérieur hiérarchique ?
La DGOS nous pose la question : « Une position hiérarchique est-elle acceptable ? »
Nous répondons non, elle est irrecevable lorsqu’elle intervient dans l’élaboration de l’acte clinique du psychologue.
En outre, si les regroupements des psychologues - des collèges à 80% selon l’enquête du SNP - ne sont pas positionnés dans l’organigramme, nous tenons à signaler que leurs actions sont étroitement liées à la dynamique institutionnelle de l’établissement.
En dépit de l’imperfection souvent pointée de ces instances de travail, elles sont néanmoins un espace de réflexion et l’occasion pour la profession d’échanger, de confronter et de faire vivre la grande diversité des positionnements de celle-ci.
En quoi une structuration administrative de l’activité fera t-elle davantage de place au collectif ?
L’expérience montre dans de nombreux établissements que la multiplication des chefs fragmente voire détruit le lien social, les espaces de pensée et la parole collective.
Que peut signifier « collectif » pour les psychologues : structuration identique pour tous ? Fonctionnement unique ? Ordre ?
Cette idée de collectif est l’indice d’un besoin de penser ensemble, d’échanger, de confronter les diversités au sein d’un espace commun. Les difficultés inhérentes aux échanges seront-ils mieux résolues par une organisation hiérarchisée ?
En quoi « une structuration de l’activité » nous protégerait-elle des bouleversements et dérives liés aux restructurations successives de l’hôpital et aux réformes économiques ?
Nous avons l’occasion de constater que les remaniements successifs de l’hôpital et la volonté de restructurer l’activité des professionnels entraînent plus souvent un démantèlement des équipes et du travail que des lendemains qui chantent. L’esprit d’équipe qui permettait à chaque professionnel de se confronter et d’élaborer avec d’autres dans le respect de leurs différences est saccagé par la souveraineté de l’évaluation.
Dans cet esprit où soupçon et surveillance gangrènent les rapports humains, le psychologue ne sera pas reconnu mais confondu. Il sera évalué par son « n+1 » qui pourra lui dire si ses objectifs sont atteints, voire dépassés : nombre de consultations acceptables en comparaison des autres psychologues ? Missions accomplies ? Traitements psychologiques rentables ? Psychothérapies efficaces ? Vérifier si le psychologue est un bon régulateur social et le bras droit des idéologies dominantes : critères de rentabilité, grille d’évaluation de la vie psychique…
La nécessité pour les psychologues de penser leur travail auprès des patients et dans l’institution les a conduits à créer patiemment des espaces de rassemblement multiples et variés comme les collèges et les collectifs. Plus récemment les Inter collèges se développent et se structurent en interaction avec ces derniers. Nous souhaitons que ces espaces demeurent une référence pour la profession et renforcent leur existence.
Nous demandons aux syndicats de bien vouloir ralentir la précipitation de la DGOS. Ces questions fondamentales méritent que nous prenions un temps plus long afin qu’elles soient largement débattues.
Le 5 octobre 2011
Coordination de l’Inter Collèges IDF
intercollegesidf@gmail.com
PROJET DE STRUCTURATION INSTITUTIONNELLE
DES PSYCHOLOGUES DE LA FONCTION PUBLIQUE HOSPITALIERE
Proposition adressée par le SNP à la DGOS, au format pdf.
"Psychologues : le piège des rencontres au Ministère !"
Le syndicat SUD suspend sa participation au groupe de travail DGOS.
Texte au format pdf
De qui se moque-t-on ?
Compte rendu de la réunion du 10 Novembre à la DGOS concernant la profession psychologue par l’Union Fédérale des Médecins, Ingénieurs, Cadres et Techniciens CGT.
"Une mise au pas au goût de cendres !"
Dans ce texte du 28 novembre 2011, SUD Santé Sociaux fait un point sur les discussions menées à la DGOS.
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