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Un Conseil de l’Ordre pour les psychologues ou Comment se faire voir et entendre par le Maître

Association des Psychologues Freudiens mail, mercredi 15 novembre 2006

Par Alain Le Bouëtté du collectif de Rennes

Texte paru et repris de Instantanés de l’InterCoPsychos - N°198 Mercredi 15 novembre 2006

Après celui de René Saboural, cf. Instantané N°192 du 3 novembre, voici un second texte d’un membre d’un Collectif sur la question de l’Ordre, ou instance ordinale, mise en circulation par le Syndicat National des psychologues. On peut consulter le rapport argumenté de la commission Déontologie et Ordre Professionnel (DOP) de ce syndicat depuis la page d’accueil de son site : http://www.psychologues.org .Ce rapport se prononce très favorablement pour la création d’un Ordre des psychologues.
Dans son texte, Alain Le Bouëtté pose un certain nombre de questions qui méritent grandement que l’on y réponde. Il indique certains écueils à éviter de la recherche de reconnaissance par les pouvoirs publics.
Nous poursuivrons dans les Instantanés la publication de contributions à ce débat.

Jean-François Cottes

 

Nous apprenons que des psychologues fréquentent les ministères pour demander un conseil de l’ordre des psychologues, ou affichent cette revendication par la voie d’un syndicat (SNP).

Cette idée d’un ordre n’est pas nouvelle et accompagne l’histoire de notre profession. Cette insistance pourrait pousser à la question : qu’est ce que cela veut dire ? Quel sens a cette proposition ? Et ouvrir un débat renvoyant aux questions internes à la logique de la proposition : un ordre comment ? Pour quoi faire ? Est ce de l’ordre du nécessaire ? Sommes-nous pour ou contre ? Etc. Mais poser cette question suppose qu’il y aurait une réponse inscrite ou à trouver quelque part.

Se faire reconnaître

Nous centrerons notre réflexion à partir d’un autre angle : passer du côté de la recherche du sens de cette proposition à celui de ce qui la cause. Pourquoi cette proposition, à cause de quoi ? Il est d’ailleurs surprenant que cette proposition de l’ordre des psychologues survienne au moment même où l’administratif voudrait ranger la formation des psychothérapeutes uniquement du côté de l’université. Tentons d’en saisir la logique.

Ces psychologues supposent que l’Autre politique veut de l’ordre. Ils déduisent : "Pour répondre à cet Autre qui voudrait nous organiser, organisons-nous, nous-mêmes. Pour se faire reconnaître du Maître supposé nous regarder, regardons nos petites affaires, et mettons-y de l’ordre".

Nous saisissons alors la part de satisfaction qui se trouve là engagée. Derrière l’identification au signifiant « psychologue », voulu comme lisible, transparent et conforme, se cache l’identification à un idéal, voire à une satisfaction de mise en ordre, de rangement, mettant en jeu l’ensemble des objets de la pulsion.

Une vérité ignorée : le goût de l’ordre

Pourtant, au-delà de l’obtention de notre titre par l’université, nos formations personnelles, supervisions, séminaires, qui ne cessent de nous mettre au travail, visent à éclairer la place que nous avons à occuper, au-delà de nos réponses fantasmatiques sur ce que l’Autre nous veut. Cela nous range, non plus du côté du Maître auprès duquel il faut se faire entendre mais du côté du travailleur et de sa formation infinie.

Cette proposition d’un Conseil de l’Ordre est donc à en entendre comme un acting-out et non comme un acte créatif, c’est-à-dire révélant ce que le Maître a fait venir sur la scène, une vérité ignorée de certains psychologues, à savoir leur propre goût pour l’ordre ou la police des âmes. Cette proposition indique que la séparation d’avec le Maître ne s’est pas produite. Nous les invitons à poursuivre ou reprendre leurs formations.

Une séparation de notre interprétation de l’Autre et une autre attente des politiques

La particularité de l’existence de notre discipline, dans les institutions ou cabinets où nous exerçons, que ce soit dans le champ du soin, de l’éducation, de la justice, du travail... est justement de faire valoir qu’à côté des règles et lois qui régissent ces structures, il s’agit de maintenir un vide quant à l’usage que les sujets veulent en faire. Accepter de se faire l’objet de leur usage, permet d’accueillir ceux qui sont en mal de repères. La multiplication des passages à l’acte, ultime recours pour se séparer de l’Autre, invite à poursuivre cette réflexion.
Nous recevons des sujets écrasés par le poids de leurs idéaux, de leurs interprétations des signifiants maîtres actuels (qui semblent savoir comment être un homme, une femme, un parent, un travailleur...). Nous n’avons pas comme visée qu’ils s’adaptent à ce Maître moderne mais qu’ils puissent se séparer, non de l’Autre comme dans le passage à l’acte (errance, suicide, dépression...), mais de leurs interprétations de l’intention de l’Autre et de la satisfaction à s’identifier à celles-ci. Cela suppose des actes de notre part qui n’infinitisent pas la recherche de sens dans une mise en ordre, mais qui introduisent un désordre dans la satisfaction à se faire l’objet de l’Autre.

Les politiques très nombreux que nous avons rencontrés sont très attentifs à cette montée des passages à l’acte et attentionnés à notre travail lorsque nous offrons des espaces qui permettent à ces sujets de se défendre de l’intention de l’Autre sans s’en séparer dans le réel ou en s’identifiant comme déchet. Ces politiques savent qu’une mise en ordre de nos disciplines ne ferait qu’accroître le malaise dans la cité et s’inquiètent de cette croyance en l’ordre des choses.

Cela suppose des psychologues ayant éclairci pour eux-mêmes la satisfaction à se faire voir par le Maître et mettant en ordre par une formation infinie dans leurs associations, instituts... la satisfaction à s’en faire l’esclave. Guidés par cette recherche permanente de l’invention d’espaces, de liens nouveaux, de solutions inédites et par cet accueil de la singularité, nous rencontrons des politiques éclairés.

Alain Le Bouëtté

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