Soulignons le risque qu’il y aurait pour notre profession, si c’était la démarche visée par la DGOS, à inscrire le FIR dans un projet psychologique collectif conçu à priori, projet dont l’un des objectifs serait d’encadrer cette démarche fonctionnelle de chaque psychologue et aurait pour conséquence de la contraindre. Ce renversement serait une erreur puisque le FIR doit accompagner le travail clinique dans une élaboration d’après coup et qu’elle nécessite.
Je suis tout à fait en accord avec le point apporté ici par la coordination de l’InterCollèges Ile -de-France.
C’est dans l’après-coup que nous opérons.
Il m’apparaît indispensable que les psychologues ne répondent pas à un « projet d’établissement », de surcroît , que recouvre ce terme, de « projet » ?
Je pense crucial que les psychologues puissent choisir l’orientation de leur pratique. Il me semble fondamental, basique, de garder disponibles, prêtes à l’envol, la créativité , l’initiative, l’enthousiasme de chacun dans l’organisation de cette fonction FIR, plutôt que de participer à des projets collectifs d’institutions soignantes, déterminés par des stratégies décidées à l’avance par un collectif ;
Pourquoi ?
Car l’on ne sait pas ce que l’on va rencontrer, avec un sujet qui souffre, et qui vous plombera, peut-être, ou vous coincera dans l’impasse sans doute, l’angoisse, ou le passage à l’acte encore, si la dimension de l’élaboration après-coup n’a pas lieu. L’on sait que notre clinique, si elle est freudienne, nous contraint à ne bondir, lions que nous devons être, qu’une fois ! Mais apprendre à bondir ne peut se faire qu’un temps : le temps d’une carrière de psychologue entière, le temps d’une vie. Oui la formation doit l’être, continue, car constante.
Je travaille avec la formation que j’ai entreprise pendant des années et qui n’a de cesse de me permettre de distinguer les difficultés que j’ai traversées avec celles que rencontre mon patient : il est indispensable, à mon sens, pour mener à bien cette tâche qui consiste à rencontrer parfois le même individu tous les lundis pendant plusieurs années, de garder la place pour un remue-ménage décidé, et un incessant travail psychique sur soi, une perpétuelle remise à niveau des savoirs acquis, aussi. Cela doit s’effectuer, et s’actualiser avec des pairs, et, encore, des contrôleurs, reconnus comme tels, c’est-à-dire avec des cliniciens eux-mêmes passés par cette formation, longue. L’on ne peut, l’on ne doit penser que lorsque l’on est psychologue et que l’on mène des entretiens orientés par la psychanalyse, le jour J viendra , délivrant la garantie de l’écoute et de l’acte, grâce à l’expérience, l’âge, le nombre d’années de travail, le nombre de psychotiques rencontrés, de « cas » d’enfants consommateurs de ritaline rencontrés.
Bien au contraire, ne nous endormons pas dans la routine, l’automatisme, le standard et la comparaison, du style, fréquent en réunion, et sans doute emprunté au discours médical : « ah oui avec ce type de patients, il faut faire comme ça, ou ce cas me rappelle celui-là… ». Non !Chaque cas est nouveau d’où, précisément, la vigueur de notre travail, en consultation. C’est bien grâce au temps FIR qu’un temps complet de psy en consultation ne lasse pas. Chaque cas nécessite une oreille fraîche même si bien-sûr, il est indispensable de renouveler perpétuellement son savoir, d’en savoir toujours plus sur la clinique, la psychopathologie, qui n’est pas gravée dans le marbre et se colore différemment suivant les temps.
Remise à niveau ?
Actualisation des connaissances ?
OUI !
En 1945 par exemple, on ne parlait ni de ritaline, ni d’hyperactivité. Autre point, fondamental : au sein même du savoir élaboré par une École, ou par le plus grand « clinicien », il est, aussi, indispensable de se former à vie : comment peut-on recevoir un adolescent psychotique en n’ayant vaguement en tête que quelques concepts du début de l’enseignement de Jacques Lacan ?Les plus grands écrivains et chercheurs ont passé leur temps dans l’inquiétude. Retrouvons ici Gustave Flaubert : « L’ineptie consiste à vouloir conclure. […] Oui, la bêtise consiste à vouloir conclure […] Quel esprit un peu fort qui ait conclu, à commencer par Homère ?
Et Freud, obéissait-il à un projet déterminé à l’avance en concluant sur…la non conclusion de sa tâche avec Analyse finie et infinie ?
Et Lacan n’a-t-il pas durant tout son enseignement avancé sur la psychose, la féminité, le réel, sans projet préétabli ?
Comment s’instruire sous des impératifs collectifs, avec tous le même projet ?L’impasse, l’ embarras, ne sont-ils pas singuliers, différents pour chacun ?
Je travaille, en CMP , avec mon histoire, et ses restes, et j’ai affaire à des sujets en grande détresse le plus souvent. Afin de ne pas plonger dans les rets de l’identification, de la projection, afin de ne pas être tentés de stratégies vaines, nourries de bon sens samaritain, afin de rompre avec le désir ambigu du bien du sujet, afin de ne pas se réjouir, ou se rassurer de « gratifications » rapides, ou de résultats apparemment efficaces et convaincants, il est indispensable de mener cette fonction FIR à vie, mais gardons cela en tête : celle-ci ne peut s’accomplir qu’à partir des points, singuliers, intimes, résistants, qui crient ou s’engluent silencieusement, toujours et encore chez chaque clinicien, et non à partir d’un au même, pour tous.
Stella Harrison
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