Pour un optimisme

de l’intelligence ET de la volonté ![1]
par Anne Colombel-Plouzennec

Association des
psychologues freudiens

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Dans notre monde du fake où « détracteurs », « contre-vérités », processus de communication et lobbyismes, voire mauvaise foi, tiennent le haut du pavé, Jean-Claude Maleval, François Leguil et Patrick Landman nous proposent avec cette brochure intitulée « Position psychanalytique contre le dogmatisme appliqué à l’autisme »[2], un précis remarquable, sur fond de ce rappel qui ne gêne en aucune façon le psychologue orienté par la psychanalyse, ni dans sa pratique d’hypothèses diagnostiques, ni dans sa clinique fondée sur une éthique : « La cause de l’autisme reste insaisissable ». Nous ne savons pas, et nous faisons avec cela !

 

C’est à partir de ce point que les auteurs extraient deux enjeux actuels.

Premièrement, « le débat porte aujourd’hui sur la manière [d’]envisager » l’autiste, ce « sujet plastique » comme nous tous. Deux approches sont distinguées : celles qui « forge[nt] l’autiste sur le modèle de son éducateur » (méthodes cognitivo-comportementales) et celles qui « stimule[nt] ses capacités de développement » (méthodes psychodynamiques, dont la psychanalyse).

Quels sont les principes de cette position de la psychanalyse dans le champ de l’autisme ? La psychanalyse s’oriente – quoi qu’il en soit – de l’« énigme » irréductible. Elle est donc incompatible avec le fait d’écarter, par principe, certains éléments, par exemple une causalité biologique. Elle « consiste à inventer un mode de prise en charge propre à la singularité de chaque autiste ». Elle n’est ni dogmatique ni figée. « Les prises en charge institutionnelles à référence psychanalytique pour les autistes […] cherchent à favoriser l’insertion sociale de l’enfant ; de sorte que l’inclusion dans le milieu scolaire ordinaire est toujours recherchée quand elle est possible, à la condition qu’elle n’expose pas l’enfant à être maltraité par les autres élèves en raison de sa différence ».

Et du côté des parents, à rebours des lieux communs épandus : « Ceux qui ont forgé pour une part majeure l’appréhension psychanalytique de l’autisme se sont clairement opposés à la [leur] culpabilisation ».

Pourtant, par vagues successives, lesdites « méthodes psychodynamiques » ont fait l’objet de féroces tentatives d’éradication du domaine d’intervention de l’autisme, malgré le propos de la Haute Autorité de Santé en 2012 : « aucune méthode de prise en charge de l’autisme n’est validée scientifiquement ».

J.-C. Maleval, F. Leguil et P. Landman identifient alors un deuxième enjeu, plus large, qu’ils formulent ainsi : 

« Ce qui caractérise la psychiatrie française actuelle n’est nullement son inféodation à la psychanalyse, mais une réduction de l’orientation relationnelle et (re)structurante du soin, à laquelle se substitue la chimiothérapie, avec même un retour en force de l’électro-convulsivothérapie, et une généralisation des pratiques de contention. Au principe de cette dégradation de la pratique psychiatrique se trouvent le déclin de la référence à la psychanalyse, le quasi-déni du psychisme au profit du tout cérébral et la médicalisation de la maladie mentale [qui] entraînent une désupposition d’un quelconque savoir du patient à l’égard de ses troubles, et une négligence corrélative de sa parole ». 

Comme l’indiquait en effet Jacques-Alain Miller « Après le forum des psys » en 2021, « Cette véritable imposture scientifique, qui réduit l’homme (générique) à son cerveau, jouit de la faveur des pouvoirs publics et bénéficie de subventions considérables. Cette abondance de biens ne fait que mettre en évidence la superbe de sa stérilité »[3], mais s’avère ravageante concernant le rapport du sujet contemporain à l’inconscient.

La soirée-conversation du 17 octobre prochain, organisée par l’association des Psychologues freudiens, s’annonce passionnante. Elle sera l’occasion de déplier ces points et de les mettre en perspective. Save the date !

 

[1] Jacques-Alain Miller, Lacan Quotidien, n°930, 2021, disponible sur internet

[2] Jean-Claude Maleval, François Leguil et Patrick Landman, « Position psychanalytique contre le dogmatisme appliqué à l’autisme », disponible sur internet : https://www.psychologuesfreudiens.org/_files/ugd/6127ac_ac24f1522da642368c89d5bdf6286b6d.pdf

[3] Jacques-Alain Miller, op. cit.