Lettre d'une

étudiante révoltée

par Célie Gérard

Association des
psychologues freudiens

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La pratique des psychologues est de nouveau attaquée par les politiques. Contre cela des psychologues de tout courant se dressent ensemble pour protester. 


Il y a un temps pour tout, et pour nous, psychologues et futurs psychologues, le temps est à la lutte. Le dispositif MonPsySanté est une aberration pour tout professionnel de la santé mentale. Nous refusons cette instrumentalisation de nos pratiques. Nous ne voulons pas d’un remboursement à n’importe quel prix, et surtout pas si cela précarise la profession et attaque le lien singulier que nous tentons de construire avec chaque patient. Huit séances, cela ne suffit pas pour cerner la logique subjective de chacun, pour faire émerger une parole. Notre travail consiste à faire du cas par cas, et non à suivre un protocole de soins bien établi. 


En tant que future psychologue, je crois profondément aux pratiques de la parole, au lien de transfert établi avec chaque patient, mais cela prend du temps, il n’y a pas une voie toute tracée en ce qui concerne la psyché humaine. Laissez-nous faire de chaque rencontre un moment unique, sans enfermer le patient aux prises avec ses symptômes dans une marche à suivre et des étapes prédéfinies. Laissez-nous le temps de comprendre, sans cela notre métier n’a aucun sens. Nous ne sommes pas des techniciens, nous croyons au symptôme, à ses détours, à ses chemins divers et à sa logique inconsciente. En ne prenant pas la peine de consulter la profession et celles et ceux qui la représentent, le Ministre de la Santé tente un passage en force, et contre les passages en force nous faisons bloc car notre métier est indissociable de notre liberté de pratique.


Pas encore diplômée, mais déjà en colère ! Ce dispositif nous concerne particulièrement, nous étudiants et jeunes diplômés en psychologie clinique, car il démontre une puissante tentative d’uniformisation du soin psychique qui nie toute la richesse de la clinique, richesse qui se situe pourtant au cœur de nos études. Il vise à attirer les jeunes diplômés, qui sont en recherche d’emploi et sont une cible visée par ce dispositif. Ne nous laissons pas leurrer, ce dispositif est une véritable offense à notre future profession. Les patients subissent déjà au quotidien les conséquences des attaques menées depuis des années contre l’hôpital public, laissez-nous au moins la possibilité de recueillir leur parole dans des conditions qui ne portent pas atteinte à leur dignité. Venir parler est déjà suffisamment difficile pour certains patients, il n’est pas envisageable qu’ils doivent en plus se justifier de cette souffrance auprès d’un médecin pour obtenir une ordonnance. 


« MonPsy » est une atteinte éthique et déontologique de nos pratiques, fondé sur la base d’une méconnaissance profonde de la souffrance psychique. Ce dispositif est une attaque contre les thérapies par la parole, il profane notre liberté d’exercice ainsi que notre autonomie professionnelle. Nous n’avons alors d’autres choix, en tant que fervents défenseurs de la liberté de parole, de nous dresser contre ce dispositif. 

 

 C’est pourquoi je réponds par cette lettre à l’appel à contribution de l’Association des psychologues freudiens et j’invite toute personne sensible à cette cause, étudiants y compris, à diffuser cet appel.