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Ce que Lacan nous enseigne… à Paris 8




Stella Harrison
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Après avoir pu apprécier la diversité des textes de l’ouvrage Lire Lacan au XXIè siècle[1], nous voilà régalés d’une nouvelle publication du Département de psychanalyse de l’université Paris 8 coordonnée par Fabienne Hulak : Ce que Lacan nous enseigne[2].

Je me limiterai dans cette note aux points qui concernent plus particulièrement les Psychologues freudiens. Cet ouvrage s’inscrit dans le « pari », du Département de psychanalyse qui est, annonce son équipe de recherche, l’« autonomie par rapport à la psychologie » : « L’enseignement du Département de psychanalyse a pour particularité d’être totalement autonome par rapport à la psychologie, selon l’orientation donnée par Lacan dès le début de son Séminaire en 1953 : le retour à Freud est aussi une réinvention de la psychanalyse contre sa dilution dans la psychologie générale » (p.10).

Soulignons aussi que cette expérience est « unique dans toute l’université […] il n’existe aucun autre département de psychanalyse, totalement autonome par rapport à la psychologie, et il ne s’est développé aucune autre expérience coordonnée d’enseignement et de recherche comparable à celle menée à l’université Paris 8 » (p.10).


C’est ainsi dans ce contexte que nous, Psychologues freudiens, allons être ré-enseignés, plongés de tous bords dans un bain de langage réjouissant. C’est bien d’une transmission taillée dans l’os des siècles, mais aussi en prise directe et fort vivante avec le nôtre qu’il s’agit, « ancrée dans l’époque » (p.12).

Jim Morrison, mais Antigone. Borges ? Et Heidegger, Lacan et Celan, et encore Lévi-Strauss, Héloïse et Abélard, Boulez et le sculpteur Halépas… Non ! Nous n’alignerons pas des noms propres pour nous tourner la tête, même si les premiers italiques du livre pourraient nous y entraîner : Tout le monde est fou, c’est-à-dire délirant. Cette phrase de Lacan est « boussole […] l’ultime boussole lacanienne », dit Jacques-Alain Miller dans le texte qui oriente tout le livre, texte intitulé « Sur fond d’impossible », issu de la leçon du 4 juin 2008 de son cours « Tout le monde est fou ». Cette phrase, que l’on trouve dans le petit texte « Pour Vincennes »[3] est la note fondamentale du tout dernier enseignement de Lacan, tout à fait distincte de la route du Nom-du-Père. Pour l’éclaircir, J.-A. Miller nous invite à « relire dans son contexte […] cette phrase émise à la place de Freud, comme un condensé de son enseignement ou de ce qui, chez lui, a tenu lieu d’un enseignement impossible ».

Nous noterons, au passage qu’il nous invite aussi à reprendre la lecture de l’écrit « Remarque sur le rapport de Daniel Lagache »[4], invitation qui ne pourra que réjouir les Psychologues freudiens, attelés depuis mai 2023 à la (re)lecture de psychologues cités, prisés ou critiqués par Lacan.


C’est par ces détours que J.-A. Miller nous conduira à ces questions : « Sur le fond de cet impossible, comment fait-on pour obtenir quelque chose qui puisse en être le tenant-lieu et qui permette de faire avec ? Comment faire avec l’impossible ? » (p.30).

J’avancerai que F. Hulak est parvenue, cette année de nouveau, à faire avec l’impossible en coordonnant ici 17 textes qui se répondent, se prennent par la main par deux parfois, s’enchaînent et font série. Série et sérieux bien-sûr, lorsque nous pénétrons dans la première chambre de l’ouvrage, et que Jim Morrison, agalmatique soleil noir de toute une génération, se voit élevé à une dignité inédite, grâce à l’étude que lui consacre ici Sophie Marret-Maleval. Il s’agit d’y « entendre […] les coordonnées d’une tentative de prêter vie, par le nouage de la voix et de l’écriture poétique, à une existence fantomatique » (p.50).


Je ne ferai pas un compte-rendu exhaustif de chaque texte dans un souci de justice distributive, mais proposerai plutôt de rendre compte de féconds effets de simultanéités.

Lorsque Clotilde Leguil déclare dans son beau texte souhaiter démontrer que « la question du destin telle qu’elle se pose dans l’analyse ouvre un chemin à rebours de l’identité » (p. 61), et conclut qu’il s’agit dans une analyse de « consentir à ne pas savoir ce qu’on pense et ce qu’on dit » (p.76) afin de se réconcilier avec les traces d’un trauma affronté avec lucidité, le parcours d’Antigone, ici finement réveillé par Carolina Koretzky, (p.113-131) donnera pour nous sa pleine force.

Les textes de ce volume réalisé avec le concours d’étudiants, doctorants et docteurs en psychanalyse, sont lestés par la catégorie de l’impossible et chacun, à sa façon, s’y confronte, qu’il s’agisse de l’impossible de la fin de vie, de l’impossible à se faire un corps, de l’impossible à être un homme aujourd’hui, ou de l’art, qui lui aussi interroge la psychanalyse.

Chaque texte est un bijou qui concourt à la vie de l’orientation lacanienne et à cette « Conversation continuée avec les textes fondateurs de l’événement Freud, un Midrash perpétuel qui confronte incessamment l’expérience à la trame signifiante qui le structure » (J.-A. Miller cité par F. Hulak, p.13).

[1] Hulak F. (coord.), Lire Lacan au XXIème siècle, Nîmes, Champ social, 2019. [2] Hulak F. (coord), Ce que Lacan nous enseigne, France, Champ social, 2023. [3] Lacan J., « Pour Vincennes », Ornicar ? n°17/18, 1979, p. 278. [4] Lacan J, « Remarque sur le rapport de Daniel Lagache : “Psychanalyse et structure de la personnalité” » Écrits, Seuil, Le Champ freudien, 1966.

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