De l’empathie à l’apathie, I would prefer not to…

René Fiori


Qui n’a utilisé cette prestation de La poste qu’est la lettre « recommandée » ? Et éprouvé, à l’occasion, un léger pincement de cœur à réception d’un avis dans sa boîte aux lettres ? C’est ensuite qu’il nous est loisible de retirer ou non la lettre ou l’objet en question auprès du bureau de poste... Qu’en est-il du praticien psychologue en institution qui reçoit dans le cadre de ses fonctions une ou des « recommandations » qui lui sont adressées par les instances auxquelles il est subordonné ? Il n’y a, dans ce cas, généralement pas d’avis préalable, et la personne se trouve les avoir reçues sans même avoir pu exprimer son consentement ou son refus.

C’est ainsi que cinq recommandations émises par l’académie nationale de médecine ont transité par la Haute Autorité en Santé, puis les Agences Nationales de Santé, validées ensuite par le ministère de la santé, après approbation par lesdites instances, pour finir sur le bureau des différents organismes où exercent les psychologues. Dans le même temps, elles donnaient lieu à une nouvelle « prestation » : Monpsy . Cinq recommandations qui visent à « labelliser » une procédure « sécurisée » de prise en charge pour un coût par séance encadré, partiellement remboursé, un nombre de séances et une durée limités. Non sans un préalable : « une évaluation médicale prescrivant la thérapie ».

Il aura fallu établir auparavant une typologie des patients, via la corrélation au trouble, au travers d’une expérience pilote menée depuis 2018 dans quatre départements et ayant mobilisé « plus de 700 thérapeutes ». Mais aussi, du même pas, dresser le portrait type du psychologue. Archétype ? Prototype ? Stéréotype ? Quel que soit le terme que l’on choisit, la technologie informatique a permis aux instances de santé de tenir une fonction d’agrégateur de données, à l’instar des machines-learning, pour produire différents types de patients avec les protocoles correspondants, abrasant toute singularité, et sans égard pour les symptômes en cause.

Le psychologue lui-même en réchappera-t-il, lui dont le portrait-robot est en gésine dans le rapport de l’IGAS publié en 2019 ? Il est bel et bien question de le soumettre bientôt à une expérience du type « stade du miroir », et il pourrait être surpris lorsqu’il prendra connaissance du gabarit, dénommé dans ce rapport « maquette » dans lequel il sera invité à se couler. Tout cela accompagné de « la mise en place d’un cadre déontologique et réglementaire des pratiques psychothérapiques » qui, prochainement, ne manqueront pas de parachever cette identification forcée.

Dans ce beau paysage, il lui serait recommandé in fine, de se former au maniement des outils numériques : réalité virtuelle, visio-conférence etc. Aussi l’em-pathie, leitmotiv dans ce rapport, définie dans le manuel de psychiatrie d’Antoine Porot comme « ce qui fait ressentir intérieurement les émotions et les sentiments de l’autre », risquera-t-elle plus probablement de se dégrader en a-pathie, derrière les automatismes techniques et la sollicitation des machines.

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