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Poursuivre la clinique, avec les « TND »



Dominique-Paul Rousseau
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Une réunion de Psychologues freudiens, travaillant dans le champ de l’enfance (CMPP, pédopsychiatrie…), ouverte à tous les PF intéressés, s’est déroulée par zoom, mi-avril. Je vais tenter ici d’en extraire quelques points qui m’ont semblé se dégager de ces échanges, du moins ceux qui m’ont semblé les plus éclairants.

Intimidées par les injonctions de bonnes pratiques des Agences Régionales de Santé, les associations gestionnaires des structures médico-sociales comme les directions des services sanitaires soumettent leurs personnels à des formations aux outils d’évaluation[1] desdits « troubles neuro-développementaux » : autisme, déficience intellectuelle, TDAH et fonctions associées (mémoire, etc.), dysphasie, dyslexie, TSA.

À l’occasion de départs à la retraite de psychologues cliniciens, de démissions ou de créations de postes, des « neuropsychologues » sont aujourd’hui fréquemment recrutés pour les remplacer.

Progressivement ou parfois brutalement, la possibilité de faire de la clinique (c’est-à-dire d’opérer à partir des discours et de la parole) se réduit jusqu’à prendre des allures clandestines. Il devient donc courant que la marge de manœuvre pour évoquer le sujet de l’inconscient repose en partie sur l’orientation ou la tolérance d’un chef de service.

En sorte que faire entendre autre chose que des données métriques en tout genre issues du juteux marché des bilans pour parler d’un être en souffrance s’avère être, pour beaucoup de psychologues, un casse-tête.

En outre, la plupart des instances chargées des orientations des patients exigent (sous peine d’ajournement du « dossier ») des données chiffrées pour justifier leur décision, le chiffre étant réputé être vérité dernière indiscutable. Les Plates-formes de Coordination et d’Orientation (PCO), créées en 2019 pour faciliter l’accès aux soins et aux rééducations « TND », trouvent bien entendu une place de choix dans cette logique.

On assiste donc à une sorte de « bouclage » administrativo-sanitaire vertical depuis l’ARS jusqu’au bureau du praticien, manière de contourner le libre choix de ses méthodes de travail par le psychologue et le libre choix du professionnel qui lui convient pour le patient.


Dès lors, comment opérer avec à cette « normalisation TND » sur nos lieux de travail ?

Je propose de mener trois actions :


1. Ne pas rester seul : sauf exceptions, des collègues, quelle que soit leur spécialité et quel que soit leur nombre, sont en désaccord – à des degrés divers – avec l’approche « tout neuro[2] » plus ou moins imposée. À cet égard, certains « neuropsys » ne considèrent nullement la clinique comme subsidiaire et se montrent ouverts à la discussion : par conséquent, je suggère de distinguer entre les praticiens « neuro » et les « tout-neuro ».


2. Inventer : si des « neuropsys » se tournent vers la clinique, c’est qu’ils se heurtent à un réel qui leur résiste et qu’ils le reconnaissent. Aussi, c’est orientés par ce réel qui passe entre toutes les mailles du discours « tout neuro » des administrations et des maîtres du savoir, que nous pouvons proposer la mise en place d’espaces neufs – non évaluatifs et non rééducatifs – dans nos institutions : un accueil pour patient. Par exemple, un groupe thérapeutique pour les tous petits et leurs parents, un cercle clinique avec des collègues volontaires où on travaille les cas, etc.


3. Opérer avec les nouveaux diagnostics : « TDAH », « dys. », « HPI », etc., sont passés non seulement dans la langue bureaucratico-sanitaire, mais dans le discours courant des patients et de leur familles. Si bien que les contester – et parfois même simplement les questionner – risque d’être mal interprété, sans compter que ces signifiants peuvent fonctionner comme des suppléances ou des nouages pour certains sujets. Mieux vaut faire avec ces signifiants ce que nous désirons faire : de la clinique, c’est-à-dire s’efforcer de saisir ce que le sujet en fait, saisir s’ils l’emmènent plutôt vers une solution ou au contraire vers plus de souffrance, s’ils lui permettent de (re)nouer ainsi avec le goût de parler, de jouer, de savoir, etc., ou non. Bref : opérer pour que le patient (re)trouve le fil de son désir.

[1]. TEA-CH, Conners, M-chat, tests HPI et HPE… [2]. Cf. Castanet H., Neurologie versus psychanalyse, Paris, Navarin, 2022.

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