Un précis des

circuits sémantiques du débat​
par René Fiori

Association des
psychologues freudiens

Bibliothèque résidentielle

Dans ses deux articles parus dans le recueil intitulé Affinity therapy, nouvelles recherches sur l’autisme, publié sous la direction de Myriam Perrin[1], à savoir « La thérapie par affinités ou le retour d’une approche psychodynamique pour le traitement des autistes », et la postface intitulée « Quelles perspectives pour l’affinity therapy ? », Jean-Claude Maleval nous invite à prendre connaissance de la « cartographie sémantique », au-delà de la nécessaire rigueur conceptuelle des praticiens, qui peut préluder à des échanges, entre conceptions différentes, sur la question du traitement de l’autisme. Le terme « affinité » lui-même, promu par Ron Suskind, d’une part semble détourner certains des tenants de l’apprentissage du terme, aveuglant pour eux, de psychanalyse. Ainsi « tout le monde est pour l’Affinity therapy, y compris les tenants des méthodes éducatives »[2] ; d’autre part, il les invite, tout comme le public, à reléguer des termes comme « obsessions », « bizarreries », pour s’ouvrir à d’autres, plus consensuels : intérêt spécifique, îlot de compétence, passion, invention du sujet, et d’intéresser ainsi à « la focalisation de la jouissance de l’autiste sur son bord »[3]. La sensibilisation à la question du cas par cas s’en trouve aussi facilitée : singularité, altérité de l’autiste, parcours sur mesure, enfin individualisation des méthodes d’apprentissage comme pâles déclinaisons. De même, dans le débat, la jouissance pourra se nommer comme « ce qui est plus fort que tout le monde[4] ». La psychanalyse intègre, quant à elle, la catégorie des méthodes psychodynamiques. Ce parcours de Jean-Claude Maleval nous invite à dissocier, le nom des concepts de la psychanalyse, qui nous permettent de nous ajuster, dans notre pratique, à la singularité du sujet, et ses équivalents sémantiques, voilant une rigueur qui autrement serait reçue comme rigidité dans ce contexte. Si, à l’instar de Jean-Claude Maleval, on regarde à la loupe les pratiques dans les institutions, on constate que « la pratique la plus fréquente dans les institutions soucieuses de suivre les recommandations de la HAS est une pratique éclectique qui mixte les influences diverses[5] ». Autrement dit, l’impossible est un principe qui n’est pas moins actif au cœur de ces recommandations aux conditions souvent irréalisables, impossible qui ne demande dès lors qu’à être stimulé. Et, stimulé, il devient stimulant ! Ce débat, qui confronte différentes approches, jette un certain éclairage sur les méthodes d’apprentissage les plus radicales. Celles-ci apparaissent comme faisant fi du fonctionnement spontané du sujet, négligeant dans le même temps sa « vie affective et pulsionnelle », dans le forçage de la dissocier de la cognition, en dévaluant par là-même tout « savoir subjectif » qui s’y loge. Le terme d’affinité est exemplaire en ce qu’il neutralise toute « connotation à un handicap » dans le même temps où il éloigne l’ombre, spectrale et repoussante pour certains, de la psychiatrie teintée de psychanalyse.  Promu par un parent d’autiste, lui-même journaliste réputé – prix Pulitzer en 1995 – d’un hebdomadaire qui ne l’est pas moins, le New York Times, le terme d’affinité, par contrecoup, fait apparaître combien celui de trouble [disorder] est propice à justifier les termes péjoratifs comme ceux de « fixation », ou d’« inadaptation ». D’autant que le terme de trouble lui-même, tout du moins en langue française, charrie les significations d’inquiétant, de bizarre. Les témoignages d’autistes, comme celui de Temple Grandin, et d’autres recueillis sur le site internet de Ron Suskind, qui ont su faire un métier de leur « intérêt spécifique », c’est-à-dire à partir de leur jouissance, signent, de et par leur existence-même, l’échec patent de l’approche comportementale. De fait le DSM V, qui en est la bible, rencontre aujourd’hui de virulentes critiques. [6]

 

[1] Affinity therapy, nouvelles recherches sur l’autisme, sous la direction de Myriam Perrin, Presses Universitaires de Rennes, 2015.

[2] Ibid. p.313.

[3] Ibid.p.315.

[4] Ibid.

[5] Ibid., p. 314.

[6] Landman P., Tristesse business, le scandale du DSM5, Paris, Max Milo, 2013.