pexels-andrea-piacquadio-3761509.jpg

Appel à contributions

Association des
psychologues freudiens

pexels-andrea-piacquadio-3761509.jpg

L’Association des Psychologues freudiens a vu le jour en 2003, à l’initiative de Jacques-Alain Miller, dans le mouvement de lutte contre l’amendement Accoyer, qui menaçait la pratique clinique des psychologues. Aujourd’hui, plus qu’hier encore, dans les institutions, comme dans leur cabinet en libéral, la pratique des psychologues est attaquée.

 

La Newsletter des psychologues freudiens

Partout, dans les structures soignantes, éducatives, médico-sociales… à l’école, en psychiatrie, à l’hôpital, etc.., des psychologues, quelle que soit leur orientation, luttent pour faire entendre et respecter la particularité de leur travail et le précieux de la parole des patients. 

Le rouleau compresseur du « toujours plus vite » ne cesse d’oppresser patients, familles, et équipes. Pour exemple, en psychiatrie, aujourd’hui, un patient hospitalisé pour tentative de suicide, la plupart du temps, ne reste hospitalisé que quelques jours. Le turn-over est monumental. Le leitmotiv est : libérer des lits, gagner du temps, faire des économies.

La newsletter des psychologues freudiens se veut chambre d’écho de nos batailles pour faire entendre et respecter, le sel et le précieux de la parole humaine. Elle propose une enquête, composée de témoignages cliniques, concernant la manière dont patients ou praticiens sont malmenés en institution. Cette newsletter se fera le relais de la manière dont, quel que soit le type d’institution, les psychologues s’y prennent pour continuer, malgré les pressions de toute part, à prendre en compte la parole des sujets, à écouter leur histoire, toujours complexe, à tirer le fil de leurs symptômes. 

 

Le bureau de l’association des psychologues freudiens attend vos précieuses contributions – 3500 signes, espaces compris – des contributions courtes, percutantes, afin de témoigner de ce que vous vivez dans vos structures – et de faire entendre au plus grand nombre l’enjeu fondamental de notre époque, qui est de prendre en considération la parole, les symptômes, la souffrance des patients. 

Solenne Albert,

pour le bureau de l'association.

Tour d'horizon

Listes d’attentes toujours plus longues, prises en charge toujours plus écourtées, appauvrissement ou fermeture de structures, prise en charges « contractualisées », les patients doivent formuler leur demande, leurs objectifs de soin, et que ça aille vite ! Tous ces cahiers des charges, ces protocoles, ces listes d’attente, écrasent le désir, empêchent les initiatives soignantes originales et font taire les patients. 

La réduction des moyens dans tous les secteurs : psychiatrie, hôpital, éducation… est inadmissible. Nous ne sommes pas résignés. Nous ne sommes pas déprimés. Nous sommes en lutte. Chaque jour – au quotidien – l’énergie dépensée par les psychologues est immense : pour faire entendre que tel patient a encore besoin de soin, que tel autre ne pourra jamais vivre seul…

Nos politiques méconnaissent trop nos pratiques, qui impliquent le respect du temps psychique, nécessaire pour qu’un trauma parvienne à se cerner, à se serrer, à se mi-dire. Il faut souvent des années pour cela. Les autobiographies, de plus en plus nombreuses, d’écrivains ou écrivaines, en témoignent. Nous sommes persuadés que l’opinion publique est sensible à cela. 

Nous ne sommes pas des experts, qui évaluons, diagnostiquons, et soignons en huit séances. Nous ne nous laisserons pas dérober notre pratique clinique, au profit d’outils d’évaluations standardisés, ou de plateformes, qui réduisent l’être humain à une machine.

Partout, de plus en plus de normes, de contrôles, de recommandations de bonnes pratiques, de cahiers des charges aberrants qui cachent mal le déni du psychisme et le rejet des pratiques de la parole. Laisser parler le patient implique d’accepter d’entendre l’ampleur d’une souffrance psychique, de sortir du règne du chiffre et de l’objectivation afin de maintenir la ligne d’horizon du désir.

Nous ne sommes pas les seuls à dépenser cette énergie, à nous battre sans relâche contre une machine institutionnelle qui, de plus en plus, au cœur même des structures de soin, néglige l’humain, et cherche simplement à faire des bénéfices. Nos collègues, infirmiers, assistants sociaux, médecins, orthophonistes, secrétaires, aides-soignants… payent également de leur personne, chaque jour, pour que continue d’exister des exceptions, pour que l’on continue de prendre en considération ce que dit le patient.  Et ceux qui travaillent avec des enfants et des adolescents savent que les enseignants aussi sont affectés par toutes sortes de supposées améliorations de leurs conditions de travail.

L’époque que nous traversons met pourtant en lumière la valeur fondamentale du lien social, le besoin que nous avons de parler, de nous rencontrer, d’être liés, les uns aux autres, par des liens symboliques forts, et qui s’inscrivent dans la durée. La mise en cause de notre responsabilité professionnelle, sous prétexte de nous aider et de nous protéger dans l’exercice du métier que nous avons choisi, ne peut nous laisser indifférents.

En effet, à vouloir aller toujours plus vite, on fait l’impasse sur la fonction fondamentale du temps. On passe directement du temps pour voir (à l’entrée de l’hospitalisation) – au temps pour conclure (alors il peut sortir) – sans prendre le temps de déchiffrer ce qui lui est arrivé. Le temps pour comprendre est zappé. La souffrance est repoussée, minimisée, refoulée, l’inconscient nié. La société dans laquelle nous vivons voudrait des sujets en parfait état de marche – c’est-à-dire aptes à travailler toujours plus, et toujours plus vite. 

 

La croyance au symptôme

Dans cette lutte pour faire respecter la parole du patient, la référence à la psychanalyse est fondamentale et constitue un point d’appui précieux qui nous donne des arguments cliniques solides, chaque jour, afin de faire peser la balance en faveur du patient.

En effet, notre pratique d’écoute des patients est indissociable de la découverte freudienne de l’inconscient, indissociable de la prise en compte, dans notre pratique, des concepts de répétition, de pulsion, de refoulement, de transfert. L'enjeu est que le signifiant « clinique », qui permet de maintenir l'attention des professionnels sur la singularité de chaque patient ne s'efface pas. 

Avec son concept d’inconscient, Freud, le premier, donne à la dimension de ce qui rate, de ce qui échappe à la volonté, une valeur éthique. Une partie de l'être humain échappera toujours à son propre contrôle, restera à lui-même méconnu. Résolument à contre-courant de l'idéal moderne, qui recherche « l'épanouissement person-nel », le « bien-être », en soutenant la croyance en un moi fort, le psychologue orienté par la psychanalyse soutient qu'il y a, en chacun, un inassimilable qui échappe à la volonté. Il donne à l'inconscient le nom de cet inassimilable.  Qu'il soit refoulé ou rejeté, celui-ci ne se résorbe pas et fait retour à travers les symptômes, qui sont ce que nous avons de plus réel. Ne pas céder sur l'opacité inhérente à l'être parlant est la condition pour que le concept d’inconscient conserve sa vivacité. Partir à la recherche des mots qui ont marqué une histoire, un corps, forgé des symptômes, c'est ce qui donne de la dignité à l’être humain. Sans cette croyance au symptôme, les institutions sont en prise directe avec ce qui se répète et qui apparaît hors sens, incompréhensible, angoissant. 

Continuer à donner un sens, une éthique, à ce qui cloche, ce qui rate, ce qui se répète, est un enjeu fondamental pour les psychologues freudiens. 

Envoyez-nous vos contributions à : assopsychologuesfreudiens@gmail.com