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Devenir psychologue




Soline Massart
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J’ai rencontré la psychanalyse à 15 ans grâce à un ouvrage de Freud, L’interprétation des rêves, même si je me souviens que je n’y ai pas compris grand-chose. Mais c’est bien là, de cette première lecture, que date mon désir de devenir psychologue.

En licence de psychologie après mon bac scientifique, j’excelle en statistiques, en biologie, en neuropsychologie et je ne parviens pas à réussir en psychopathologie alors que cela me passionne déjà tellement. C’est finalement avec Lacan, ses mathèmes, son approche de la linguistique et sa rigueur que je me mets à penser. Les sciences humaines prennent alors tout leur sens, celui d’une approche sérieuse de ce qu’il y a de si particulier chez l’Homme : qu’il est un être de langage.

La psychanalyse m’a alors permis de rêver ma pratique sur les bancs de la fac : lectures, apprentissages, désapprentissages et débats m’animaient vivement et je me croyais prête à devenir psychologue. En stage, au plus près des patients, je faisais alors l’expérience qu’écouter et penser ne suffisaient pas. C’est là que je découvrais la clinique telle qu’elle est : une rencontre à laquelle deux sujets prennent part. Le passage de la théorie à la pratique n’avait rien d’une évidence et je cherchais, non sans difficulté, quel nouage pourrait tenir sans que la psychanalyse prenne place d’un savoir sur le patient. Car si la théorie analytique m’offre des connaissances pour lire et penser ce qui se joue en séance, c’est avant tout une éthique clinique qu’elle transmet à mes yeux, celle de prendre tout à fait au sérieux le sujet et la valeur de sa parole. La psychanalyse m’amène donc à questionner mon positionnement auprès de chaque patient, selon une logique qui ne saurait relever d’un protocole, mais bien de la singularité d’une rencontre dans laquelle chacun s’engage. La psychanalyse n’est en effet pas à l’abri d’être utilisée comme une théorie à appliquer à la pratique. Elle repose pourtant sur une épistémologie inverse. C’est auprès de chaque patient qu’elle s’est tissée, modifiée, raturée. C’est à partir de l’écoute de chacun qu’elle vient résonner pour orienter. En somme, elle en passe d’abord par l’expérience. Là repose la difficulté de ce nouage si délicat entre théorie et pratique, c’est qu’il n’est jamais garanti, encore moins réussi, il est à recommencer à chaque fois.

Dans ma pratique de jeune psychologue dans un CHU, je rencontre des enfants, des adultes et des futurs parents dans le cadre de la prise en charge de variations du développement génital. La prise en charge y est pluridisciplinaire : endocrinologues, chirurgiens, généticiens, gynécologues en pédiatrie et en secteur adulte travaillent ensemble.

L’intimité des corps est observée et analysée de près mais elle est aussi parlée. Le réel anatomique, hormonal et génétique est l’objet des médecins et parfois des parents, baignés dans une préoccupation médicale depuis la naissance de leur enfant. Je m’attelle à l’écoute des patients, aux maux et aux mots qu’ils trouvent pour faire avec ce réel. C’est parfois par un symptôme qui met en défaut les professionnels de santé que s’invente une solution pour ces patients. Peut ainsi émerger une phobie amenant un jeune patient à dire quelque chose de la préoccupation qui le relie à son suivi médical et à la construction du lien à sa mère. Ce symptôme m’a vivement rappelé le cas du petit Hans de Freud dont la lecture a pu m’orienter. Ou encore un signifiant, « intersexe » permettant une identification là où un diagnostic médical siégeait et rappelait l’anomalie, l’anormalité, pour une patiente dont le sexe anatomique et les chromosomes sexuels ne sont pas concordants.

La psychanalyse m’oriente ainsi dans la recherche de solutions face au réel auquel ces patients ont affaire. Je m’attelle alors à offrir un espace à chacune et chacun, où elle/il peut se raconter en dehors de ces discours, et où un symptôme peut se dire autrement.


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