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Appel à contributions

Lire Freud : un redoutable contrepoison







La santé mentale reste une grande cause nationale en 2026, ça devrait réjouir les patients et les praticiens, et pourtant !

Sur le site du gouvernement on peut lire que cette prolongation a pour but de consolider le travail engagé en 2025 et que « la priorité sera de faire de la santé mentale une réalité tangible dans la vie quotidienne de chacun »[1] . Sous le slogan « Parlons santé mentale », l’idée est de libérer la parole, mais de quelle parole s’agit-il à l’ère des neurosciences et de l’IA ? Et pour en faire quel usage ?

Le bilan de l’année écoulée ne peut que nous laisser perplexe sur ce qui anime le gouvernement quand on assiste au démantèlement de nombreux services de soins en psychiatrie au profit du développement de la psychiatrie dite de précision avec les centres experts, et plus largement au travail de sape des pratiques cliniques et thérapeutiques au sein des institutions pourtant reconnues depuis des décennies[2] .

L’écart entre les politiques de soins en santé mentale et la réalité du terrain des praticiens génère les affects les plus vifs, oscillant entre colère, incompréhension, engagement, détermination, épuisement…

L’abord de la santé mentale via le cerveau plutôt que par le lien social plonge les cliniciens dans une atmosphère déprimante tant la parole, qu’elle soit des patients ou des professionnels, est abrasée, réduite à un simple usage de communication pour ne pas dire éjectée du champ de nos pratiques. Ce contexte et les attaques répétées contre l’orientation analytique poussent à la résistance et aux contre-offensives mais peuvent aussi parfois pousser au silence, au renoncement à dire, à une forme de tristesse ou de déprime pour le dire communément. Cet affect n’est pas sans lien avec le refus ou le renoncement à vouloir savoir quelque chose de ce qui nous traverse. La subversion freudienne et la découverte de l’inconscient nous permet de saisir le rapport qu’entretient la parole au savoir et d’avancer que la joie n’est pas l’envers de la tristesse, mais que la volonté de savoir et l’effort pour essayer de le dire sont un redoutable contrepoison à la morosité.

Freud nous enseigne l’importance de ne pas céder sur les mots, et de toujours chercher à dire ce qui nous anime dans notre pratique, dans une démarche de faire savoir et d’élaboration constante de la théorie et de la clinique.

Si notre orientation est décriée – comme aux premiers jours, Freud n’avait pas d’illusion quant au fait que la psychanalyse ne promettant pas le bonheur elle aurait des détracteurs, il nous revient de prendre la parole pour témoigner du désir qui nous anime dans la pratique, aussi nous vous invitons à le faire savoir en adressant votre contribution aux Psychologues Freudiens. Inspirons-nous de Freud: « Quand on m’attaque, je peux me défendre; mais devant les louanges, je suis sans défense »[3] . Défendons une pratique qui ne vise ni l’harmonie, ni l’idéal, qui ose s’élever contre l’uniformisation des pratiques. Ne soyons pas dupes de la volonté de faire taire, qui se loge dans l’approche neuroscientifique, volonté de faire taire le symptôme en l’éradiquant, ou en le rééduquant, qui n’est autre chose que la volonté de faire taire le sujet de la parole. L’abord freudien nous permet d’aller plus loin dans la réflexion en abordant les choses par l’angle de l’éthique où le sujet est un sujet responsable, c’est-à-dire que se taire peut tout aussi bien relever d’une décision du sujet. N’est-ce pas la découverte freudienne via la pulsion de mort qui nous permet encore et toujours de rester vigilant aux forces aveugles qui habitent tout être parlant ? C’est une boussole pour l’accueil et l’accompagnement de la parole des patients mais aussi pour tous les psychologues qui refusent de sombrer dans la peur et le silence, dans une forme d’impuissance et de fatalité.

Alors oui parlons-en ! Chacun par sa contribution écrite peut être le petit caillou qui fait grincer les rouages de la grosse machine, chacun peut produire la petite étincelle qui ne fera pas la révolution, mais qui fera entendre notre voix et celle de nos patients. Branchés sur notre inconscient et sur la voie ouverte par Freud, c’est possible que la trouvaille et la surprise soient au rendez-vous dans nos pratiques.

Tous à vos flèches, enfin à vos plumes!


Les textes ne dépasseront pas 4000 signes, en format word, et sont à adresser au bureau des PF à cette adresse: assopsychologuesfreudiens@gmail.com



Hélène Girard



[2] Extrait de la brochure de la soirée des PF avec F. Gonon et E. Zuliani, intervention de Béatrice Brault, correspondante PF, p. 16, brochure consultable sur le site des Psychologues Freudiens- https://www.psychologuesfreudiens.org/_files/ugd/6127ac_714f060dc71b487f9c5acb77628bdb6f.pdf.

[3] Cette citation est connue dans sa version anglaise « As a rule when I am attacked i can defend myself; but when I am praised, I am helpless », elle est citée dans la correspondance de Sigmund Freud dans une lettre datée du 10 mai 1926 à Marie Bonaparte. Cet extrait est édité dans The Letters of Sigmund Freud (éditeur James Strachey, Basic Books, New York 1961).



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