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L’outil analytique comme boussole




Emma Fillon
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Étudiante en Master 1 de psychologie clinique, et actuellement stagiaire dans un CMPP, la psychanalyse a été une découverte marquante pour moi. Une professeure de français avait su m’y rendre sensible pendant mes années de collège. Grâce à cette rencontre, j’ai baigné dans cette littérature durant des années avant de décider d’entreprendre des études en psychologie. La psychanalyse, en particulier d’orientation lacanienne, a d'abord été une façon de voir le monde. Par la suite, avec les premiers stages dans des lieux qui n'étaient pas forcément portés par ce référentiel, où l’inconscient du sujet n’est pas un postulat partagé de tous, la psychanalyse m’est parue comme un outil précieux.

Une anecdote en guise d’illustration : je suis alors stagiaire dans un Institut Médico-Pédagogique et je lis une histoire à une enfant au moment du coucher. Elle me demande de répéter la phrase que je viens de lire à savoir : « Arrêtes de faire tant de bêtises ! gronda-t-elle ». Je m’applique à relire cette phrase, mais, malgré cela, elle m’implore de la répéter encore et encore sans que cela ne puisse prendre fin. Entendre que la jouissance était en jeu dans cette répétition sans fin a été une première étape dans mon expérience, un point à partir duquel je n’ai plus lâché la boussole freudienne. Cela m’a permis, en prenant en compte cet éclairage, d’opérer des décalages dans le jeu pour lui permettre de se déloger de la place de tyran/tyrannisée qu’elle occupait. Il me semble que l’approche psychanalytique permet de recentrer la parole du sujet au cœur du dispositif, là où, aujourd’hui, le sujet est l’objet d’un discours et d’une pratique niant l’inconscient et, par conséquent, accordant peu de valeur à la parole. Ma position de stagiaire avec un référentiel analytique me permet, je pense, d’opérer un pas de côté dans la rencontre avec un sujet. Ne pas répondre directement à une demande et replacer le savoir du côté du patient me semble être un pari intéressant. Réinjecter du sujet et de la singularité là où celui-ci a pu être nié, ou forclos par un discours scientiste qui isole et uniformise les individus est ce qui m’anime. En effet, la considération du symptôme comme solution du sujet donne une autre orientation à la rencontre, l’enjeu n’étant pas alors de l'éradiquer, mais de repérer sa place, sa fonction, sa valeur singulière. Dans ma pratique de stagiaire, je considère la clinique d’orientation analytique comme offrant des outils pour pouvoir tisser des modalités de rencontres et de suivis thérapeutiques au cas par cas. Certes, cela demande un engagement du clinicien et une capacité de réinvention permanente, mais cette inscription dans une dynamique désirante est féconde.

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