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Lecture d'un parcours

il y a 2 jours
3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 heures




Le jeu des chaises musicales consiste à enlever une chaise à chaque tour et à éliminer progressivement chacun des participants jusqu'à ce que le dernier gagne. N'assistons-nous pas à un jeu des chaises musicales inversé ou comment, en rajoutant progressivement une mesure après l'autre, on en arrive à déduire une volonté d'éliminer la psychanalyse afin de mettre en place une psychothérapie d'état ?


Quelle logique peut-on dégager d'une relecture des différents textes et mesures (cahier des charges, décrets, arrêtés, recommandations de bonnes pratiques professionnelles) et comment cette logique s'articule-t-elle au dispositif Mon soutien psy ?


En décembre 2019, l'ARS Nouvelle Aquitaine s'attaque aux CMPP (centre médico-psycho-pédagogique) de sa région en produisant un cahier des charges dont nous avons déjà longuement parlé, cahier des charges qui visait à limiter les CMPP à l’accueil des enfants présentant un TND (trouble du neurodéveloppement). Le focus est alors posé sur les TND avec son corolaire qui consiste à imposer "une mise en conformité de 100% des pratiques professionnelles aux recommandations de bonnes pratiques professionnelles (RBPP)".

Pourquoi s'intéresser aux CMPP ? Les annexes XXXII qui régissaient le fonctionnement des CMPP jusqu'à leur abrogation en juin 2026, précisaient qu'une psychanalyse pouvait être proposée aux enfants "dont l'état le requiert". Nombre de psychanalystes ont exercé en CMPP, quelques-uns encore.


Deux mois après, en février 2020 sont publiées les RBPP intitulées : "TND : repérage et orientation des enfants à risque". S'en suit, un an plus tard, l'arrêté du 10 mars 2021 relatif à la définition de l'expertise spécifique des psychologues. Cet arrêté concernant le parcours de bilan et d'intervention précoce pour les enfants présentant un TND stipule que "les interventions et programmes des psychologues respectent les RBPP établies par la HAS propre à chaque trouble du neurodéveloppement". Les psychologues libéraux peuvent, dans le cadre de ces parcours, contractualiser avec les plateformes d'orientation et de consultation (PCO) à la condition de respecter les RBPP de la HAS. Une nouvelle pierre est posée.


En 2022, nous assistons à la libéralisation du soin avec la création du dispositif Mon soutien psy. Les psychologues peuvent désormais contractualiser avec l'assurance maladie.


En juillet 2024 sont publiées les RBPP : "TND/TDAH : diagnostic et intervention thérapeutique auprès des enfants et adolescents".


La logique d’un démantèlement généralisé des institutions proposant un accueil et un soin humanistes orientés par l’approche psychanalytique suit son cours avec la publication du décret n° 2025 - 770 du 5 août 2025 relatif à l'organisation des parcours mentionnés aux articles L. 2134-1, L. 2135-1, L. 2136-1 du code de la santé publique, suivi de l'arrêté du 19 décembre 2025 fixant les principes communs de ces parcours. Etienne Pot, délégué interministériel à la stratégie des TND déclare alors : "Un nombre trop important de ces structures (CAMSP et CMPP) ne s'inscrivent pas dans les recommandations de bonne pratique professionnelle". Et, d'affirmer que "la psychanalyse n'a pas sa place dans les TND".

L’un des objectifs prétendument avancé de cet arrêté est de "garantir la qualité des pratiques et des interventions indépendamment de la structure et du territoire". Pour cela, les professionnels se doivent de respecter "les RBPP élaborées par la HAS" ce qui garantirait la qualité de l'accompagnement. Il est précisé que "la contractualisation avec les professionnels libéraux non conventionnés sont réalisés sous condition d'engagement dans une démarche d'amélioration continue de la qualité et de respect des RBPP".


En février 2026, une bascule s’opère avec une nouvelle recommandation sur les TSA (Troubles du spectre autistique) : "TSA : intervention et parcours de vie du nourrisson, de l'enfant et de l'adolescent" dans laquelle la psychanalyse est non recommandée. Le glissement de la recommandation à la prescription imposée paraît au grand jour.


Paraît ensuite le décret n° 2026-580 du 26 juin 2026 relatif aux missions, à l'organisation et au fonctionnement des CAMSP et des CMPP. Le trépied pédopsychiatrie-psychopédagogie-psychanalyse sur lequel reposait ces structures est remplacé par le trépied thérapeutique-éducatif-rééducatif. Le texte ne fait plus référence ni à la psychanalyse, ni à la psychopédagogie. La formule "dans le respect des bonnes pratiques professionnelles élaborées par la HAS" est répétée à l'envie.


S'il n'est pas encore question dans le dispositif Mon soutien psy de respecter les RBPP, pour autant nous voyons bien comment les contractualisations avec les professionnels libéraux dans les dispositifs de parcours de soin l'imposent. Encore un pas et ce sera très vraisemblablement le cas pour Mon soutien psy comme le revendique l’association AID PSY co [1] qui appelle à l’homogénéisation de la formation et des pratiques des psychologues conventionnés de Mon soutien psy.


L'étau se resserre de plus en plus. La mise en place d'une psychothérapie d'état se précise inexorablement. Ainsi, l’approche psychanalytique n'est plus de mise dans les textes régissant les fonctionnements des CMPP, elle n'est plus recommandée pour les TSA. Les chaises musicales inversées ne sont vraiment pas un jeu...


 [1] Cf. AID PSY co : Association d’information et de défense des psychologues conventionnés, site disponible sur internet.

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