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Connaissez-vous le projet Sésame ?



Lisiane Girard Connaissez-vous le projet Sésame _
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Nous commençons à bien connaître certains dispositifs mis en place par le gouvernement concernant les psychologues, sans concertation aucune avec eux. Le plus médiatisé est le dispositif MonPsy. Je vous présente ici un dispositif plutôt discret : le projet Sésame qui, au vu de la méthode performative des lobbies auprès des instances décisionnelles et politiques, n’est pas un projet mais une action d’ores et déjà mise en place avec un calendrier très précis, un cahier des charges et un plan détaillé de mise en œuvre. Le lobby ici en question est l’institut Montaigne. Le financeur est la fondation belge Roi-Baudoin créée en 1976 ; son conseil d’administration est présidé par Pierre Wunsch, économiste belge proche de la droite libérale et actuellement gouverneur de la Banque nationale de Belgique.

En quoi consiste le projet Sésame ?

Il s’agit de mettre en place des soins collaboratifs pour « améliorer l’accès aux soins en santé mentale ». Le pivot en est la maison de santé pluriprofessionnelle (MSP). Pendant deux années, une infirmière coordinatrice est salariée par Sésame dans chaque maison de santé pluridisciplinaire participant à ce projet. Elle fait passer des questionnaires aux patients. Tous sont dépistés et suivis, un registre en recueille les données. Ladite infirmière peut mettre en place des actions de type éducation thérapeutique ou recourir à des outils relevant des thérapies cognitivo-comportementales (TCC), tels des entretiens motivationnels, des thérapies de résolution de problèmes et activation comportementale. Elle peut aussi mettre le patient en lien avec des associations et rencontrer la famille. Selon les résultats obtenus au questionnaire et après discussion pluridisciplinaire le patient peut être orienté vers le psychologue de la maison de santé pluriprofessionnelle. Si la MSP n’a pas de psychologue in situ, il est fait appel à des psychologues du réseau ou à l’hôpital partenaire. Le psychologue reçoit le patient et à l’issue du premier entretien le médecin peut prescrire une psychothérapie « structurée » de vingt séances. L’infirmière en parallèle continue de recevoir le patient et évalue très régulièrement, toujours par un questionnaire, si la santé mentale du patient évolue favorablement.

Pour mettre au point ce montage de soins collaboratifs, l’institut Montaigne s’est appuyé sur l’expertise de l’université de Washington (Seattle) laquelle n’a pas manqué de démontrer scientifiquement, la validité de tels soins dans le domaine de la santé mentale. L’étude Impact avance une amélioration de 50% des troubles dépressifs en un an. L’université de Washington accompagne un millier de maisons de santé pluriprofessionnelles dans le monde. L’accompagnement sur une année se fait sur plusieurs plans : la méthode, l’organisation, le suivi de la mise en place mais aussi la formation. Le psychiatre et le médecin généraliste sont formés en quelques heures. Les infirmiers, eux, ont une formation de deux jours ainsi qu’un coaching en ligne. L’approche de l’université de Washington est « populationnelle », statistique. Aucun patient n’est oublié.

Le pôle de psychiatrie du Centre hospitalier André Mignot est le partenaire français du projet Sésame.

Les thérapies « structurées » peuvent être systémiques, TCC ou même « psychanalytiques » tout en étant évaluées par des questionnaires. Il est dit que les traitements sont fondés sur des preuves. Dans les cas difficiles l’infirmière fait appel au « case manager », soit le psychiatre référent de la MSP formé par l’université de Washington.

À terme, ce type de dispositif en soins collaboratifs ne serait-il pas destiné à remplacer les centres médico-psychologiques et médico-psychopédagogiques voués eux-mêmes à devenir des centres de tri et d’expertise ? Il s’agirait d’une privatisation des soins psychiques low cost, sans équipes pluridisciplinaires expérimentées et spécialisées dans un diagnostic fin.

Ici, le couple médecin-psychologue semble acté, la psychothérapie rangée du côté d’une pratique paramédicalisée au même titre que l’orthophonie, la kinésithérapie, la diététique. La démarche est statistique. Ironie du sort Seattle est le berceau de l’industrie automobile. Taylor y avait jeté les bases d’une organisation scientifique des métiers via des procédures, des protocoles[1]. Le projet Sésame se passe de la rencontre avec le médecin qui pourrait, à partir de ce que lui dit son patient, l’orienter vers le psychologue, dans un certain laps de temps. C’est sans paroles. La démarche se veut neutre, tout le monde passe sous la toise mentale. Pas de place à ce qui rate dans la vie psychique, pas de place au trou dans les mailles du filet du dépistage. Cela me fait penser à ce mouvement de protestation « Pasdezérodeconduitepourlesenfantsde3ans » en 2005. Déjà à l’époque il s’agissait de dépister tous les enfants susceptibles de développer des troubles de la conduite afin de prévenir la délinquance.

Le dépistage n’est pas le travail délicat et humble de la prévention qui suppose du tact pour écouter et entendre,prendre le temps que la parole se déploie, que la demande puisse émerger et l’adresse se faire, qu’une question s’amorce.

Une pétition signée par 180 000 personnes avait freiné les ambitions de certains hauts fonctionnaires et politiciens à un totalitarisme sanitaire.

À quand une nouvelle pétition de cette ampleur ?

[1]. Cf. Fiori R., « La taylorisation du travail des psychologues est en marche », https://www.psychologuesfreudiens.org/post/la-taylorisation-du-travail-des-psychologues-est-en-marche

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