top of page

Pas de soins en santé mentale sans le transfert!




Posons-nous une question: de quoi un sujet qui souffre a t’il vraiment besoin? Que demande t-il?

Quand vous rencontrez des difficultés, quand un symptôme se répète, vous fait souffrir et entrave votre vie, qu’est-ce qui compte? Trouver vite le bon interlocuteur? Être rapidement pris en charge?

C’est souhaitable mais pas suffisant. Les politiques de soins s’appuient sur la nécessité d’aller vite et d’être efficace. Argument puissant et séduisant, qui s’avère contre-productif, quand il prend la forme d’un impératif imposant une réponse type à la souffrance.


On nous dit qu’on va gagner du temps en multipliant les questionnaires, en créant des plates formes d’orientation, en proposant aux libéraux de faire des bilans, en misant sur le développement des centres experts pour diagnostiquer précisément. Cette approche, si elle permet de recueillir des éléments objectifs, montre ses limites quand il s’agit d’accueillir la souffrance psychique qui requiert une prise en compte du sujet dans sa globalité. Un parent qui repère un mal être chez son enfant peut demander une consultation mais rien ne garantit que ce dernier puisse se reconnaître en souffrance ou avoir envie d’en dire quelque chose avec ses propres mots. Il nous revient de créer des conditions pour entendre la subjectivité de celui qui souffre, au delà du recueil de données, faute de quoi on en reste à une clinique de l’observation, à une clinique des surfaces. Si nous soutenons l’importance d’accueillir rapidement un sujet qui souffre, il ne s’agit pas pour autant de chercher à le soigner vite. La restructuration des institutions est portée par l’idée de trouver un modèle rentable et maitrisable. La souffrance doit être vite évacuée. Dans cette logique, des unités de psychiatrie ferment, les suivis se raccourcissent, les structures de droit commun perdent des financements au profit du dispositif MonSoutienPsy et les équipes de soignants s’épuisent faute de renfort. Et on vient nous parler d’un label établissement bien traitant! Demandons-nous qui attaque la qualité des soins?


Les PF réclament et défendent une qualité de prise en charge tout au long du suivi. Cette qualité passe par le transfert, par la possibilité de nouer un lien, condition nécessaire à une prise de parole. Pour cela, il faut du temps et quelqu’un en présence qui accueille au sens large, une parole mais aussi un corps, en s’adaptant et en s’engageant avec le patient. La question du transfert n’a pas échappé à la Sénatrice Mme Poncet Monge qui a organisé un colloque le 6 juin pour « Défendre la relation dans les soins psys ». Elle a le courage de porter au débat les effets néfastes d’une politique qui efface la notion de relation.

Soutenir le transfert et s’engager auprès d’un patient s’opposent à la logique d’interchangeabilité  très répandue, qui pousse à l’uniformisation de la pratique et à une forme d’aseptisation. Nous refusons le ravalement de notre pratique et soutenons la richesse du travail clinique quand il s’appuie sur la parole. L’institution est aujourd’hui pensée comme une entreprise où chaque tâche doit être optimisée avec une multiplication des interlocuteurs. Cette politique pousse au désengagement.

Au sein des PF, nous sommes nombreux à appartenir à cette génération de psychologues qui, au sortir de leurs études, ne pensaient qu’à travailler en institutions. Nous mesurions alors l’importance de continuer à nous former au contact de collègues, dans des équipes pluridisciplinaires, lors des réunions cliniques vivantes et constructives. La dimension politique comptait, nous soutenions l’accès à un soin psychique de qualité gratuit et pour tous. Les institutions telles qu’elles sont réfléchies aujourd’hui ne sont plus agalmatiques et suscitent peu le transfert de travail des jeunes diplômés. Si nos décideurs politiques ont une large responsabilité dans cette crise des institutions, qu’ils sachent aussi qu’il est de leur pouvoir d’y remédier en ouvrant le débat.





Commentaires


bottom of page