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« Peut-on consentir à vieillir ? ». Retour sur la première matinée de rencontre du réseau CERPAS




Anne-Sophie Delaleu - Cerpas
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Voici quelques échos de la première matinée de travail passionnante du réseau des Centres d’Étude et de Recherche Psychanalytique sur l’Age et le Sujet[1], qui s’est déroulée le 20 janvier 2024, en visioconférence. Ce fut la première d’une série de rencontres qui auront lieu sous le titre « Peut-on consentir à vieillir ? ».

Lancée par sa présidente Claudine Valette-Damase et son secrétaire Michel Grollier, cette matinée clinique, rythmée par la participation de Françoise Haccoun, psychologue et psychanalyste à Marseille, a fait la place aux travaux des membres du CERPAS.

L’on a pu entendre combien le sujet âgé est un enjeu de société auquel il convient de réserver une place tout à fait spécifique dans la réflexion clinique. Le praticien est invité à entendre ce qui du réel insiste chez la personne âgée, ce qui ne fait pas conversation. S’en dégage une clinique et une éthique du sujet.

L’âge ne change pas le sujet, il requiert des aménagements. Et il y a la question du corps vieillissant qui est presque toujours au premier plan. Autoriser le sujet à s’éprouver toujours vivant, comme parlêtre, « en-corps parlant », tel peut être l’enjeu pour le psychologue qui reçoit ces sujets âgés, confrontés à un réel auquel ils doivent faire face.

Une séquence « Étymologie et grammaire du consentement » a permis d’éclairer le terme « consentement », ainsi que l’actualité de son usage, après la Loi Kouchner du 4 mars 2002 sur le dit « consentement libre et éclairé ». À quoi le sujet consent-il exactement ? est la question que se pose le praticien. Et aussi : Le sujet âgé auquel on demande de consentir à telle ou telle disposition a-t-il ou non les moyens de se faire entendre ? Cette question du consentir ne va pas sans le corps, ni le sujet, ni l’Autre qui l’accueille. Une façon de se débrouiller pour un sujet âgé, est de réussir à être entendu, quelle qu’en soit la forme… c’est-à-dire, la plupart du temps, de manière symptomatique.

Plusieurs temps de présentation de la pratique clinique avec des sujets âgés en institution ont été dépliés, dont voici des extraits :

Ainsi « cette dame qui entend bien ce qu’elle veut entendre ». Par ses refus, sa réticence, c’est un dire non au projet de l’Autre pour elle, idéal de soin, qu’elle adresse. De même que son oui peut parfois osciller entre contrainte et choix.

Peut-être n’y a-t-il pas le consentement, mais des consentements qui se déclinent selon le désir des sujets. C’est une C.S.T.[2], clinique sous transfert qui permet à cette femme d’exister comme sujet. Prendre le temps du cheminement, rester dans cette « bricole de la parole » … c’est ce qui a permis des consentements pour ce sujet vieillissant féminin reçu en analyse.

Dans une autre séquence de la matinée, est rapportée une pratique institutionnelle au sein d’un service hospitalier en soins palliatifs. Il s’agit du traitement du corps par la danse, avec l’artiste Romual Kabore[3]. Il est fait référence au Séminaire XX et à la phrase de J. Lacan « on est surpris que la danse ne serve pas plus le corps ». Le corps se défait à tout moment et il reste pour tout un chacun un mystère. C’est par le contact des corps que l’artiste suscite quelque chose, parfois une sorte de « consentir à une remise en mouvement. »

Cette remise en mouvement remet le désir en jeu, et c’est ce qui est l’essentiel, car « Freud nous a montré que l’inconscient ne connaît pas le temps, c’est-à-dire que le désir n’a pas d’âge »[4]. L’enjeu est que le désir reste de la partie, malgré le réel qui modifie le corps.

 

Être homme, enfant, personne âgée, ce sont des signifiants qui ne disent rien de l’intensité du désir de vivre. Qu’est-ce que vieillir, qu’avancer en âge ? Certainement d’abord quelque chose de relatif aux signifiants du sujet et à la manière dont ces signifiants sont mobilisés dans son histoire. Et qu’est-ce qu’avoir un corps ? C’est peut-être déjà tenter de se l’approprier. Et continuer de se l’approprier en-corps.



[1] Bref historique : 2014 création du GERAS (Groupe d’Étude et de Recherche sur l’Âge et le Sujet), groupe rennais, fondé sous l’impulsion de M. Grollier, C. Doucet, C. Valette-Damase ; 2017 le réseau des CERAS (Centre d’Étude et de Recherche sur l’Âge et le Sujet) se développe à l’échelle du territoire, y sont associées les familles des sujets âgés ; 2023 statut d’association, Le réseau CERPAS (Centre d’Étude et de Recherche Psychanalytique sur l’Âge et le Sujet) fait la place au politique, à entendre en matière de rapport à l’Autre en général.

Journée d’étude et publications citées en référence :

Travaux de C. Lacaze-Paule, sur le corps, Bordeaux, 2003, disponibles sur internet.

Journée d’étude/colloque Haccoun, Castanet du 23/12/2019, La Cause du désir, n°13.

[2] Miller J.-A., « C.S.T. », La conversation clinique, Paris, Le champ freudien, 2020, p 23-28.

[3] Compagnie de danse Romual sans D, disponible sur internet.

[4] Haccoun F., « Un consentement au vivant », argument clôture de la matinée.

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