Questions des Psychologues Freudiens à Sylvie Ferrand, psychomotricienne
- Sylvie Ferrand
- il y a 7 jours
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Voici la troisième interview de notre série proposée par les correspondants des Psychologues Freudiens. L'entretien avec Sylvie Ferrand, psychomotricienne travaillant en hôpital de jour, nous permet de saisir qu’avoir un corps n'a rien de naturel et que l’approche analytique est un soutien pour appréhender la façon dont se noue pour chaque sujet le rapport au corps et à la parole.
Pourriez-vous présenter votre pratique en hôpital de jour ?
Psychomotricienne de formation j'exerce en pédopsychiatrie dans un hôpital de jour auprès d’adolescents. Je rencontre des jeunes qui infligent à leurs corps de graves et marquantes blessures à la mesure de leur souffrance psychique. Ce que l’institution attend des psychomotriciens c’est de permettre un accompagnement soignant qui en passe par le corps. Les accueillir alors qu’ils n’ont plus d'élan vital, sont envahis d'idées suicidaires et n’ont aucune projection dans un avenir proche, nécessite une grande délicatesse et une écoute bien singulière. Être à l’écoute des symptômes logés dans le corps et tenter de traiter la souffrance psychique par la médiation corporelle est une facette du travail de psychomotricien. Le corps est le lieu d’expression de la souffrance et aussi son incarnation. La rencontre se fait par l'écoute de leurs dires, par le regard que l'on offre, les silences que l'on respecte et que l'on instaure, la présence constante, l'absence totale de jugement ou de morale. La posture nécessite un ajustement permanent pour être dans une juste distance et leur témoigner notre intérêt avec neutralité.
Quel usage faites-vous de la psychanalyse dans votre pratique de psychomotricienne ?
Mon orientation clinique est née de mon cursus universitaire. Mais également de ma rencontre avec des cliniciens engagés dans des approches globales, sans dichotomie corps/psyché, centrées sur le sujet. Ils m’ont enseigné la psychomotricité en encourageant le travail d’analyse sur soi. En psychomotricité le corps est langage et la parole est corps. Dans ma pratique, j’ai pu repérer l’effet des mots sur le corps, la façon dont ils marquent le corps. Dans une relation transférentielle, l'appui sur le clinicien qui sait écouter, aussi bien la parole que les silences et observer les mouvements corporels, peut permettre une mise en mots de ce qui fait souffrance. Les apports de la psychanalyse m'ont permis, tout au long de mes longues années de pratique, de pouvoir soutenir mon travail pour accueillir ces jeunes en grandes difficultés. j’ai appris peu à peu et par l’expérience clinique à me servir de deux instruments efficaces en les modulant : la demande et le désir : les leurs bien sûr mais aussi les miens. Ils sont tellement sur un chemin douloureux qu’il est souvent tentant de vouloir trop quelque chose pour eux, pour leur bien. La psychanalyse m'a appris l'importance de la singularité de chacun, la richesse des mots qui donnent des indications cliniques, la valeur essentielle de la parole prise dans un échange, le respect du rythme de chaque individu, l'attente nécessaire avant de pouvoir capter le moment d'une interprétation, d'une proposition.
Pourriez-vous partager une vignette clinique éclairant votre propos ?
Un matin, une jeune arrive en séance, le corps recroquevillé, crispé. Elle veut retourner seule dans sa chambre d'hospitalisation. Je pose des mots pour qu'elle puisse rester et je mets en place un dispositif créatif au sol qui n'a d'autres fonctions que d'attirer notre attention à cet endroit là, de nous décentrer de ce corps qui est tendu. Je lui propose de s'asseoir pour qu'elle modifie sa posture manifestant une grande crispation corporelle. Assises face à face, je peins, elle parle, me disant que parler lui ferait du bien mais qu'elle ne peut pas. J'attrape un de ses mots puis un autre, je les re-prononce et progressivement, en prenant appui sur l’autre, sa parole devient possible. Elle me dit les encombrements qui, ce matin l'angoissent. En parlant, son corps se détend, elle finira par beaucoup bailler. Je la raccompagne sur l'hôpital, son état général s'est modifié et amélioré, sur ce moment.
Pour terminer, auriez-vous une boussole qui vous oriente dans votre pratique ?
Ce qui m’oriente dans le fond c’est l’inconscient, la reconnaissance de l’inconscient, celui du patient et celui du praticien. De savoir que cet inconscient est à l’oeuvre en chacun de nous me permet de saisir les phénomènes de corps différemment, et d’user de l’approche psychomotrice de façon singulière en l’ajustant à la subjectivité des patients.

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