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Santé mentale: exit la psychanalyse?

Dernière mise à jour : 4 janv.




Nous nous étonnons du fait que la psychanalyse soit attaquée durant l'année où la santé mentale est déclarée « grande cause nationale ». En consultant le site du gouvernement[1], j’ai cru ouvrir la boîte de Pandore. Sauf qu’elle était déjà ouverte. Le signifiant-maître de ce site est « réhabilitation psychosociale ». Le programme ne vise rien d'autre que l'universalisation du comportement des « individus ».


Exit le sujet divisé, sujet de linconscient et sa singularité. Place à lindivis-du.

La santé mentale y est définie comme « le fondement du bien-être d’un individu et du bon fonctionnement d’une société. »


Exit la parole. Place à la science.

Le programme s’appuie sur « des résultats scientifiques et médicaux importants […] : hypothèses immuno-inflammatoires et épigénétiques, épidémiologie, imagerie cérébrale, innovations thérapeutiques, neuropsychopharmacologie » ainsi que sur « l’essor des psychothérapies dites augmentées ».

Parmi les « forces […] capables de rivaliser avec les meilleures équipes au niveau international » on trouve la Fondation FondaMental, (désormais connue pour ses « centres experts »[2] ), « Réseaux de centres d’excellence et de Centres experts, GIS Autisme et troubles du neurodéveloppement ».


Exit le transfert. Place à « lempowerment ».

Une « feuille de route » existe depuis 2018, s’appuyant sur des « outils régionaux » : les ARS. Le cahier des charges violent et destructeur des CMPP Nouvelle Aquitaine en est un pur produit.

La politique de santé mentale, « engagement inédit du gouvernement » est « territorialisée » dans une dynamique d’«aller-vers » et « d’empowerment ». Ce terme n’a pas de traduction, il peut signifier émancipation, prise en charge de soi-même. On ne sait pas trop si cette dynamique concerne la politique ou les « individus » ? Certainement les deux. Claude Deutsch en déroule l’histoire et l’utilisation polysémique : « Chacun choisira alors l’interprétation du mot qui lui conviendra le mieux en fonction de ses options (radical, social-libéral, néo-libéral) et cherchera à l’instrumentaliser. »[3]


Exit le Nom-du-Père. Place au « pair-aidant »

Il est à craindre qu’ici, il s’agisse pour l’État de se décharger sur le patient et son entourage en comptant sur une ou plusieurs volonté d’aller bien, étayées sur  les conseils en bien-être qui s’affichent, mais pas seulement. Le programme vise le grand public.

Des spots télévisés insinuent que tout le monde peut soigner tout le monde : « A qui ressemble une personne qui souffre de mal être, d'anxiété, de dépression, de troubles psychiques ? à tout le monde, à personne en particulier. A qui ressemble la personne qui peut écouter ceux qui veulent en parler ? à tout le monde, à personne en particulier. La santé mentale nous concerne tous. »

Cela s’adresse plus particulièrement aux étudiants dans une logique « d’aide par les pairs » que l’on forme aux « premiers secours en santé mentale » (PSSM).


Exit la clinique . Place à E-men

Connaissez-vous la e-santé mentale ? Le projet européen « e-men » est de doubler la numérisation des soins : « Serious games thérapeutiques », télémédecine, IA pour « prévoir les pics de comportement suicidaire », simulation numérique pour la formation des professionnels.


Exit le, la soignant.e ou cadre de santé. Place au « case manager »

« Le case management est un composant clé de la création d’applications métier. Au niveau d’une entreprise, il gère des tâches complexes du début à la fin, qu’elles soient exécutées par des personnes ou des machines. »[4]

Cette « méthode de travail social » naît aux USA pour l’accueil de migrants dans les années 1920, puis lors de la Seconde Guerre mondiale pour répondre à la demande massive de soins des soldats polytraumatisés. C’est une technique de gestion sociale afin de « favoriser la désinstitutionalisation » des patients, renforcer leur autonomie, afin de protéger… le système de santé.


Le site note les avancées en 2025 : « une transformation de l’offre qui se poursuit : la réhabilitation psychosociale pour le plus grand nombre, des filières spécialisées pour certains. »

Apprécions la rigueur scientifique...

Il fait force proposition, non de moyens supplémentaires, mais de « transformation des pratiques et postures soignantes et l’implantation de nouvelles pratiques et des nouveaux métiers (Pair Aidants Professionnels, case management, Mesures anticipés en psychiatrie, job coach ...) », citant des « travaux en cours de révision des cahiers de charges ».


La psychologie freudienne a commencé avec les rejeté.e.s du discours médical dominant. Elle persévère.



[2] Sébastien Ponnou, « Centres experts et Fondation Fondamental : lobbying unchained » psychologuesfreudiens.org, 18 juillet 2025.

[3] « L’empowerment en santé mentale », Sciences et actions sociales [En ligne], N°1 | 2015, mis en ligne le 16 avril 2015, URL : http://www.sas-revue.org/index.php/13-article-d-accueil/15-l-empowerment-en-sante-mentale.

[4] Wikipédia









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