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Une praxis sous transfert




Plus que jamais la nécessité de transmettre s’impose au psychologue orienté par la psychanalyse. Transmettre aux jeunes cliniciens sa praxis dans ce qu’elle recouvre de plus fondamental, dans ce qui fait l’essence de sa clinique et de sa pratique, soit le transfert.

Une question nous est souvent posée par des jeunes praticiens psychologues encore en formation à l’université mais aux portes de leur future pratique professionnelle : Comment s’y repérer dans le transfert et comment éviter l’écueil de ce qui pourrait ressembler à de la suggestion dans sa pratique quotidienne ?

On parle de clinique sous transfert s’agissant de la praxis analytique – qu’elle s’exerce en cabinet, dans les institutions ou à l’hôpital – le moteur du travail avec le patient, c’est le transfert, qui peut-être aussi un obstacle. Il s’agit alors dans notre pratique au quotidien, de le manier et d’en transmettre quelque chose du côté du savoir y faire avec le transfert.

Dans son écrit « De la psychothérapie » Freud écrit ceci : « j’ai très vite renoncé à la technique par suggestion et, avec elle, à l’hypnose, parce que je désespérais de rendre les effets de la suggestion assez efficaces et assez durables pour amener une guérison définitive. Dans tous les cas graves, j’ai vu la suggestion qu’on leur appliquait être réduite à zéro et le même trouble, ou quelque autre, resurgir. » [1]

En renonçant à la suggestion, Freud ouvre le champ de la libre association (seule règle en psychanalyse), et en écoutant ses patientes, il va poser l’hypothèse de l’inconscient. Le sujet ne sait pas ce qu'il dit et il dit ce qu'il ne sait pas. Dans l’expérience de parole quelque chose cherche à se dire à l’insu du sujet, qui appelle un déchiffrage, une interprétation. Ainsi, le transfert, moyen d'accès au matériel inconscient, apparaît dans le travail analytique et Freud nomme cette nouvelle névrose que le sujet déploie, névrose de transfert qui inclut l'analyste dans le processus.

Pour autant, Freud n’ignore pas les effets de suggestion qui sont mis en œuvre. Dès 1904, il distingue deux formes de suggestion. L’une, directe, correspond à l’influence qu’exerce volontairement, en connaissance de cause, une personne sur une autre. Cette méthode sera très largement utilisée sous hypnose. L’autre, correspond à une influence involontaire exercée sur un individu, et produisant des effets. Freud invite à « laisser au malade le temps de bien connaître cette résistance qu'il ignorait, de la perlaborer, de la vaincre et de poursuivre, malgré elle et en obéissant à la règle analytique fondamentale, le travail commencé. [...] De toutes les parties du travail analytique, elle est pourtant celle qui exerce sur les patients la plus grande influence modificatrice, celle aussi qui différencie le traitement analytique de tous les genres de traitements par suggestion ». [2]

Cependant, notre époque contemporaine est marquée par un nouvel âge d’or de l’hypnose. Les patients qui viennent nous rencontrer nous disent qu’ils ont déjà eu recours à l’hypnose ou s’en interrogent. Dès 1912, pour Ferenczi « la suggestion consiste à imposer, ou encore à accepter inconditionnellement une influence psychique étrangère. La déconnexion de l’esprit critique est donc la condition sine qua non d’une suggestion réussie ». [3]

Est-ce alors une tendance de notre époque où la paresse de l’esprit critique vient se satisfaire comme symptôme du contemporain ?

Aux jeunes praticiens en devenir, tout autant qu’aux patients, on peut dire que c’est dans la rencontre avec un clinicien orienté par la psychanalyse, qui ne répond pas à la demande ponctuelle du patient, que le transfert prend alors son essor et que son désir a chance de s’y déployer dans le dispositif de parole de la cure. Une praxis sous transfert est une sorte de contre suggestion qui viendrait contre l’effet de sens attendu d’une suggestion. Or, tout sens tend vers l’univocité tandis que, la praxis sous transfert dans son maniement opère à partir de l’inattendu et du hors sens qui échappe au sujet.

Alors que la psychothérapie analytique s’applique à entendre la demande tout en visant son au-delà – pour y laisser apparaître le désir, celui du sujet de l’inconscient –, les psychothérapies actuellement en vogue, orientées par le courant de l’Égopsychologie, s’appuient sur une théorie du moi qui vise à le renforcer, le rééduquer et surtout à l’adapter à la réalité.

N’est-ce pas là, le reflet d’une époque marquée par l’impératif du Bien-être ?



 [1] Freud S., « De la psychothérapie », La technique psychanalytique, Paris, PUF, 1994, p. 13-14.

[2] Freud S., « Remémoration, répétition et perlaboration », La technique psychanalytique, Paris, PUF, 1994, p. 114-115.

[3] Ferenczi S., « Suggestion et psychanalyse », Œuvres complètes Tome I, Paris, Payot, 1982.





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