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Vous avez dit « expert » ?!

il y a 2 jours
3 min de lecture




Après un premier numéro consacré aux « Ingénieurs du mental », le second numéro du Forum des psys s’attelle aux « Experts en toc de la santé mentale »[1]. Mais quel est l’enjeu actuel autour des centres experts ? En quoi sont-ils « en toc » ?

Une première proposition de loi visant à inscrire, dans le code de la Santé publique, les centres experts incluant la fondation Fondamental a été déposée. Or, il s’agit d’une fondation de droit privé, financée par de l’argent public pour la recherche en psychiatrie, mais également des mécènes de l’industrie pharmaceutique, de l’armement ou encore de l’assurance. Le champ psy devient un marché et les conflits d’intérêts entre politique, industriel et financier se font jour. Cette proposition a finalement été modifiée, mais pour laisser la place à la cinquantaine de centres experts de ladite fondation, comme centres de troisième recours. Le premier enjeu est donc politico-financier, mais l’enjeu scientiste est de taille.

En effet, ces centres experts – autoproclamés comme tel – ont pour ambition de diagnostiquer les patients bipolaires, dépressifs sévères, schizophrènes et autistes, pour rattraper le prétendu « retard français ». Pour ce faire, ils emploient des tests et des recherches de biomarqueurs génétiques, cérébraux, sanguins, dont la validité scientifique n’a jamais été prouvée. Les données récoltées auprès de cohortes de patients, véritables Big Data, sont stockées afin d’entraîner l’algorithme de l’IA et produire ce qui serait une « psychiatrie de précision ». L’enjeu éthique est considérable ! Ensuite viennent les traitements recommandés et labellisés par la HAS, avec des suivis protocolisés qui sont établis à grands coups de traitements médicamenteux, TCC, stimulations magnétiques transcrâniennes et autres électro-convulsivothérapie. Des applications numériques, ainsi que des chatbots, type Agents Conversationnels animés sont développés pour assurer les suivis ainsi privatisés. Sans oublier les conseils hygiénistes ! On nous fait miroiter une promesse en termes de pronostic et de guérison, voire même de « vaincre » la maladie mentale. On mesure la puissance d’un lobbying forcené, allié à une communication marketing, qui ne renonce devant rien pour influencer les législateurs, quitte à faire, par exemple, d’une seule étude non-randomisée une preuve formelle et user de grands effets d’annonce démagogiques.

Alors, comment continuer d’exercer dans des services de psychiatrie, quand les moyens financiers et humains sont détournés vers les centres experts et autres plateformes d’évaluation et d’orientation, au détriment des lieux de soins ? Quel accueil pour les personnes dont le seul lien social est le refuge qu’ils peinent à trouver dans les institutions de soins ? Un plan de destruction du service public est à l’œuvre au profit de soi-disant économies, quand la maladie mentale est considérée comme un fardeau et mesurée en fonction d’un modèle de rentabilité.

La parole et la souffrance des patients sont précisément ce qui est éradiqué de ces dispositifs. Comment est-il possible de méconnaître à ce point la complexité du psychisme humain et l’importance du transfert pour accueillir la subjectivité au un par un ? Réduire de manière simpliste l’humain à son cerveau et les soins à de la rééducation, participe à un changement radical de paradigme dans le champ psy, dont les conséquences s’annoncent catastrophiques.

Ce dernier magazine du Forum des psys s’adresse aux praticiens désireux de mieux saisir ce que recouvre le signifiant « expert », si répandu dans notre champ et qui n'est pas sans impact sur nos pratiques. Au-delà , c’est chaque citoyen qui peut être ici éclairé sur ce qui s’impose à nous et qui n’est pas sans conséquence pour notre société.



 [1] Magazine du Forum des psys, Experts en toc de la santé mentale, Numéro 2, rentrée 2026.

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