#4 Questions des Psychologues Freudiens à Séverine Joulie, éducatrice spécialisée
- Séverine Joulie
- il y a 2 jours
- 3 min de lecture

Voici la quatrième interview de notre série proposée par les correspondants des Psychologues Freudiens. L’entretien avec Séverine Joulie, nous donne un précieux éclairage sur la façon dont l’approche analytique l’oriente dans sa pratique d’éducatrice au quotidien notamment dans la rencontre avec des jeunes sujets débordés par leurs pulsions.
Pouvez-vous présenter votre pratique en ITEP ?
Dans ma pratique en tant qu'éducatrice à I’ITEP, je rencontre des jeunes en grande souffrance psychique, avec des troubles du comportement et de l’attachement importants. Cette souffrance se manifeste par de l’agitation, un mal-être profond, de fortes angoisses et parfois de la violence. Mon quotidien, mon cœur de métier c’est la relation. Faire des liens, mettre des mots là où l’impensable agit.
La rencontre avec la psychose fut, pour moi, fracassante, à la hauteur de l’impuissance de l’équipe à contenir ces jeunes, à les accueillir. L’acte éducatif, le rapport à la règle, à l'autorité, n’ y pouvait rien. La violence et le conflit étaient permanents. Tant que nous ne trouvions pas à nous décentrer, à faire un pas de côté, leurs destructivités étaient à l'œuvre.
Qu’est-ce qui vous a orienté dans votre pratique ? quelle boussole ?
Tout d’abord, ma rencontre avec la psychanalyse est venue à partir de plusieurs questionnements : Comment accueillir les plus abîmés, les plus en souffrance avec leurs symptômes bruyants et explosifs ? Comment accompagner ces jeunes quand les mots que nous leur adressons n’ont pas de sens, ni de prise tant l’agitation prend le dessus ?
L’orientation psychanalytique m’a permis de pouvoir penser une manière d’être à côté de ces jeunes, de ne pas être trop intrusive vis à vis d’eux, d’être là sans les forcer.
La psychanalyse m’aide à saisir ce que ces jeunes me montrent d’eux et à trouver une manière d’accueillir leurs symptômes. Elle m’accompagne pour penser. Je m’y appuie pour éclairer ce qu’il en est du sujet, pour trouver des façons de m’adresser à lui, à cette partie de lui, parfois à peine accessible. Elle me permet de pouvoir faire des pas de côté, nécessaires à l’accueil et de tenir bon, dans la durée, pour les soutenir face à leur insupportable.
Dans votre pratique du quotidien, comment faites-vous ?
Dans la rencontre avec les jeunes, on ne cherche ni à vouloir, ni à savoir pour eux mais plutôt à se constituer ou incarner une interface entre eux et le monde, pour un temps, le temps de leur passage dans l’institution. Une interface, c’est les aider à traduire ce monde auquel parfois ils n’ont pas accès par défaut de codes, de mots ou de liens.
Cela peut-être aussi, trouver des mots avec eux, sur ce qu' ils ressentent et éprouvent, à recoudre les fils de leur histoire, à faire des liens pouvant parfois leur permettre de mieux comprendre le monde qui les entoure. Poser des mots parfois ou au contraire, être silencieux, contenir avec ses bras, proposer un verre d’eau, une main posée sur le front, attendre que la crise passe, parler doucement pour faire revenir l’autre à la réalité, l’inviter à nouveau dans le monde.
C’est chercher avec eux, ce qui va leur convenir, c’est aussi accepter de se faire un temps, « partenaire », pour trouver ensemble une manière d’être au monde : se faire des copains, supporter la présence des autres, pouvoir aller vers l’autre sans se sentir agressé…etc.
La psychanalyse m’aide à saisir et comprendre le sujet dans sa globalité, dans son altérité, dans sa subjectivité. Elle m’invite à respecter le temps du sujet, ce temps que l’on voudrait aujourd’hui comptabiliser. C’est un temps nécessaire pour que quelque chose du sujet puisse émerger. Pour accueillir les symptômes et les apaiser, il faut du temps. Du temps pour que le sujet nous fasse confiance, pour que nous puissions l’approcher, l’apprivoiser et travailler avec lui.
Sans la boussole psychanalytique, nous ne pourrions pas prendre soin du sujet au sens noble du terme. Prendre soin, c’est être à côté, porter, étayer, tutorer afin de favoriser l’émancipation du sujet.
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