#5 Questions des Psychologues Freudiens à Dr Raphaël Boussion, chef de service d'un intersecteur de psychiatrie
- assopsychologuesfr
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Partie 2

Cette cinquième interview de notre série proposée par les correspondants des Psychologues Freudiens, a été diffusée en deux parties, la première partie est parue lundi 9 février, nous vous proposons ici la seconde. Pour rappel, il s'agit de l’entretien avec le Docteur Raphaël Boussion, chef de service d’un intersecteur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent dans les Hauts de Seine qui dépend d’un hôpital spécialisé. Il témoigne comment, dans sa rencontre avec des collègues orientés par l’approche analytique freudienne pendant l’internat, a rendu possible son engagement dans une pratique d’écoute et d’accueil de la folie à l’hôpital.
L’orientation psychanalytique est votre boussole, dites-vous, en tant que chef de service. Pouvez-vous nous dire comment vous faites en sorte qu’elle se transmette dans les équipes de façon riche, sans se voir condamnée à n’être la langue que de quelques-uns ?
Il y a effectivement un risque à ce que l’orientation psychanalytique ne soit l’apanage que de quelques-uns si elle ne s’exprime que dans une langue qui apparait sinon comme étrangère, sinon comme celle du discours du maître réservé à quelques élus.
Il me semble que l’on peut dire que les collègues du service orientés par la psychanalyse maintiennent une éthique de la transmission par l’attention portée à la langue utilisée dans les temps d’échanges cliniques avec les soignants. C’est à cette condition de ne pas être dans un discours de surplomb, voire obscur, que quelque chose de la clinique référée à une écoute orientée par la psychanalyse peut être non seulement partagée mais transmise. Dans l’accueil et l’accompagnement par une équipe pluridisciplinaire de patients en institution, ce positionnement éthique nous apparait comme étant un des garants de la transmission de l’orientation analytique.
Dans le service, cette transmission passe par plusieurs voies : celle des temps d’équipe dédiés à la lecture de textes. Il y a également la mise en place annuelle d’une journée du service où les collègues exposent, parfois à plusieurs voix, le travail d’élaboration clinique en institution, présentant des cas singuliers ou un travail de groupe.
Un des axes majeurs de la transmission de la psychanalyse à partir du service est la présentation de patient, dans le cadre d’un partenariat conventionné entre notre hôpital de rattachement et le département de psychanalyse de Paris VIII. Le cadre de ces présentations ne permet d’y inviter que quelques soignants du service, ceux de l’unité où elle se déroule. Mais la transmission déborde largement le service puisqu’elle concerne en premier lieu les étudiants en master ou doctorant auxquels elle est destinée.
Pourriez-vous nous donner un exemple concret des effets de la théorie analytique dans le travail clinique des équipes ? Par exemple, a-t-elle aidé à affiner un diagnostic de paranoïa, effacé aujourd’hui dans la pratique ?
Un des effets de la théorie analytique dans le travail clinique est celui fréquemment observé dans l’accueil que nous réservons à des adolescents qui sont orientés vers notre service avec des diagnostics « d’épisode dépressif majeur caractérisé », « trouble anxieux généralisé », ou encore « troubles de la personnalité border-line ». Une écoute attentive à la parole du patient, à ses énoncés, l’expression de phénomènes élémentaires, à son rapport au corps, à sa formulation de l’angoisse, va nous permettre de repérer là un trouble schizophrénique, là une psychose ordinaire ou une psychose paranoïaque. Cette orientation détermine la façon dont on va pouvoir penser les soins au-delà de ce qu’une approche purement symptomatique permet.
Je peux avancer que la théorie a aussi des effets concrets sur la constitution des équipes : l’organisation des soins de chaque unité du service est pensée comme lieu d’accueil de ce qui cloche, ne fonctionne pas, déraille, est à l’arrêt, met en danger. Accueil de la parole de l’enfant et de l’adolescent et mise en jeu d’une rencontre possible avec le soignant, le thérapeute. Accueil puis élaboration à plusieurs de ce qui se joue pour chaque patient. Il me semble que l’un des effets de ce travail de pensée à plusieurs, orienté d’une clinique qui fait place à l’inconscient, est qu’il a du sens dans le travail de chacun et participe de la stabilité des équipes, ce qui n’est aujourd’hui plus l’ordinaire dans beaucoup d’équipes hospitalières et participe de la qualité de notre service.