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C’est ainsi que tu pratiqueras

il y a 10 minutes
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La science... dites « La Science » ! Qui n’a jamais rêvé de croire en une science qui viendrait répondre à tous les désirs de l’humanité et nous faire connaître toute chose (définition du scientisme) ? Cette Science prétend-elle alors, du haut de sa majuscule,  incarner un Autre absolu qui nous protégerait de l’angoisse ? Le serpent se mordrait-il la queue ?

Lorsque du jour au lendemain, dans une institution, une équipe se voit enjoindre de mettre en œuvre de nouvelles pratiques sous couvert de recommandations « scientifiques », validées par un consensus nouveau, retoquant : « les pratiques que vous utilisiez » parce qu’« elles ne sont pas les bonnes », sa compétence, sa créativité et ses savoir-faire pourtant issus de son expérience sont gravement mis en question. Pour y parer, elle se pose donc la question de savoir ce que sont ces recommandations, qui les a conçues, qui les promeut et à quelles fins.

Comment se servir des questionnaires à remplir, des protocoles à appliquer ? Que valent ces études pseudo-scientifiques qui établissent que « dire bonjour au sein d’une institution éviterait le burn-out » [1], et dans lesquelles seule a cours la rhétorique de la promesse ? Nous pourrions faire la liste, non-exhaustive, de ces résultats pseudo-scientifiques qui font chacun se sentir coupable dès lors que l’envie le prend de s’y soustraire : vanter les mérites des fruits et des légumes pour être en bonne santé, l’utilité de l’eau pour irriguer le cerveau, les bienfaits du sport pour entretenir son corps, mais aussi faire passer les parents par la guidance parentale sous prétexte de les former, afin de distinguer les bons parents dociles, tandis que ceux qui ont confié leur enfant à une institution de soin (CMPP/ DITEP/...), seront soupçonnés d’en être de mauvais, utiliser les applications pour pratiquer des exercices de respiration sans trop regarder les écrans sinon... Sinon quoi ?

Au détour de ces injonctions l’angoisse peut surgir et objecter au « ça marche pour tous ». Le sentiment d'être infantilisé peut aussi surgir, du côté des professionnels non moins que du côté des parents, dans leurs liens toujours complexes avec leurs enfants.

Dicter les bonnes conduites à tenir et stériliser l’inventivité et l’esprit d’initiative, telles sont les buts du scientisme qui apparaît comme une nouvelle religion : imposer une seule façon de penser, de pratiquer et de diagnostiquer, cela n’évoque-t-il pas un dogme ?

Un dogme, selon le Larousse, est l'opinion donnée comme certaine, intangible et imposée comme vérité indiscutable. Freud en traite dans L'Avenir d’une illusion : un dogme ne s’interroge pas, il est un savoir plein... sans trou : « Il est absolument interdit de poser la question de son authentification »[2] nous dit Freud, sous peine d’être sanctionné, dans une forme de chantage.

Dans cet ouvrage, Freud se demande : « dans quelle catégorie pouvons-nous classer la signification psychologique des conceptions religieuses ? Ce sont des dogmes, des propos portant sur les faits et les relations de la réalité extérieure qui transmettent quelque chose que l'on n'a pas trouvé soi-même et qui exigent qu'on leur prête foi »[3].

La psychanalyse inclut la croyance, croyance en l’inconscient dont l’analyste a fait l’expérience dans sa propre cure ; sur cette croyance s’étaye celle du patient qui lui suppose un savoir. Elle est aussi une éthique du désir singulier qui pousse le sujet non pas à se soumettre, mais à s’intéresser à ce qui lui arrive pour se faire peu à peu l’auteur de sa propre existence en assumant les signifiants qui l’ont tissée.

La religion est dogmatique, en ceci qu’elle impose une conception du monde, une et une seule valable pour tous. La religion « pose des préceptes [...] c'est une forme de guide de bonnes pratiques »[4] comme l’écrit Béatrice Brault-Lebrun. Si elle peut être une manière pour certains de trouver une place dans le monde, elle ne peut sans dommages être confondue avec la science.

La psychanalyse est née de la science et d’une expérience dont il peut être rendu compte de manière rigoureuse. Elle est une pragmatique et offre une boussole pour se repérer quant à la souffrance psychique et à l’angoisse. La confrontation (clinique/textes théoriques/recherches), le doute, les conversations entre pairs ou interdisciplinaires donnent ce style vivant et résolument non dogmatique à l'orientation psychanalytique freudienne. C'est une pratique qui peut permettre à chacun de cohabiter dans un espace où il occupe sa propre place, que personne ne peut lui prendre. La psychanalyse permet de dépasser les conflits imaginaires. Voilà qui consonne bien avec ce qu’écrivaient Laurent Nunez et Alexis Lacroix en conclusion de leur article « Que reste-t-il de Sigmund Freud ? » dans Marianne en 2015 : « la négation de l'inconscient nous rendra-t-elle tous plus heureux ? »[5]



 [1] Etude publiée dans la Revue Intensive Care Medecine, coordonnée par le Pr Elie Azoulay, octobre 2024 https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/39373831/

 [2] Freud S., L'Avenir d'une illusion, Paris, Petite bibliothèque Payot, 2023, p. 58.

 [3] Ibid., p. 55.

 

 

 






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