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I.A. : Incontournable Absolue et Indifférence Articulée




Suite au formidable Forum organisé par l’ECF sur Les esbroufes de la HAS , jeudi 12 mars 2026 et disponible sur YouTube[1], j’ai relevé quelques points qui me semblent très importants pour saisir les fondements de cette décision, aux « accents orwelliens[2] », d’interdire non seulement la psychanalyse mais aussi toutes les pratiques de terrains qui en passent par la parole. Ces fondements semblent basés sur une série de nœuds, entre la politique, l’économie, avec la passion de la haine en arrière-plan.

En préambule, rappelons-nous le sommet à Paris en février 2025 sur l’Intelligence Artificielle (IA) et les annonces de M. Macron du plan d’investissement de 109 milliards d’euros[3] dans ce domaine. Or, « ce qui est investi quelque part ne peut pas l’être ailleurs [4]», c’est-à-dire notamment dans le domaine de la santé, ce qui nous intéresse ici. Il s’agit pour le gouvernement de rentabiliser cet investissement magistral dans ce qui existe déjà, à savoir la Fondation FondaMental[5] et autres Centre Experts qui font de l’IA leur référence de pointe. Du point de vue financier dans la politique actuelle, l’IA est l’Incontournable Absolue. Premier nouage.


Un lien pour la compréhension de tous ces nœuds s’est fait grâce à l’intervention de Clément Fromentin[6], psychiatre et psychanalyste, qui nous rappelle que « la HAS a été créée en 2004 dans le cadre d’une loi relative à l’assurance maladie, ce qui indique que ses principales dispositions relèvent avant tout du code de la sécurité sociale et non du code de la santé publique. L’inscription juridique de la HAS situe d’emblée son action dans le champ du financement du système de santé.[7] » Donc de ses économies. Deuxième nouage.


La HAS participe ainsi, « au passage d’une médecine conçue comme activité professionnelle à une médecine de plus en plus intégrée dans des dispositifs de régulation et de gouvernance de la santé[8] ». Un troisième nœud apparaît-là, avec l’intervention de Anaëlle Lebovits-Quenehen, quand elle lie et lit les attaques concertées successives, articulées autour de cette logique :

- l’amendement 159 et la décision d’inspection de la Fondation Vallée, dans un espace de 2 jours en novembre 2025

- puis les Recommandations de Bonnes Pratiques de la HAS suivies de sa décision de fermeture de la Fondation Vallée et enfin l’amendement 385 intégrant les Centres Experts dans le code de la santé publique, en l’espace de 7 jours en février 2026. La journaliste, Mme Benz, ajoute un raccourci dans son article de L’Express dans lequel elle suppose qu’il existe un lien entre la psychanalyse et les dysfonctionnements de l’Institution. Cette succession en boucle d’événements ne peut sembler fortuite qu’à des passionnés de l’ignorance.


La haine contre la psychanalyse, née avec son invention, prend des accents inédits aujourd’hui. C. Fromentin a rappelé un texte publié par la HAS en 2010 sur les principes méthodologiques pour l’élaboration de ses recommandations[9] : il s’agit d’une méthode par consensus formalisé par des experts. Le choix de ces experts est donc déterminant. Or, les chiens ne faisant pas des chats, la politique et l’économie reprennent leur place : « les experts et les associations qui participent à ces recommandations sont largement orientés par une idéologie partisane qui méconnaît la pluralité des études et des pratiques cliniques telles qu’elles se font sur le terrain.[10] » Il n’y a donc pas de débat scientifique quant au processus d’élaboration des recommandations, puisque tout le monde est d’accord contre la psychanalyse. « Ce débat inévitable se trouve déplacé vers l’extérieur, dans les médias, l’espace public, les réseaux sociaux, là où la haine s’exprime sans censure ni mesure.[11] » Et l’on retrouve l’hypothèse de Mme Benz, qui sera démentie par trois communiqués successifs de la CGT soutenant les soignants de la fondation Vallée[12]. L’amour, autre passion pour Lacan, vient desserrer un peu ce nouveau nœud.


Je conclurai avec quelques mots de Yann Diener, psychanalyste et chroniqueur à Charlie Hebdo : « En janvier 1954, alors que Lacan s’intéresse de très près à la cybernétique, il soutient que la machine à calculer est plus dangereuse que la bombe atomique, parce que, une machine à calculer, c’est du pur symbolique, dénoué du réel et de l’imaginaire[13] ». La machine à calculer, c’est l’ordinateur, soit, étymologiquement ce qui sert « à mettre de l’ordre dans le monde[14] ». Dans cette optique, la logique de la HAS est « une logique du tout informatique [qui] va de pair avec la machine FondaMental : c’est la conséquence d’une gestion des données qui prime sur la visée première des institutions de soin et d’accueil. FondaMental n’accueille pas des patients ; elle traite des données qui sont transformées en vecteurs monétisés pour alimenter les IA. C’est du pur calcul. »[15] Le sujet et sa singularité disparaissent dans une Indifférence Articulée.


[2] Gommichon X., Les esbroufes de la HAS, forum organisé par l’École de la Cause freudienne, le 12 mars 2026, Lacan Web TV

[3] Nicolino F., « Ce qui ne sera jamais financé », Charlie Hebdo, n°1753, 25 février 2026.

[4] Ibid.

[5] Cf. Sizaret E.-M., « L’éthique, le surmoi et la canaille » en deux parties parues le 30 août et le 6 septembre 2022 sur le site de l’association des Psychologues Freudiens

[6] Fromentin C., Les esbroufes de la HAS, forum organisé par l’École de la Cause freudienne, le 12 mars 2026, Lacan Web TV

[7] Ibid.

[8] Ibid.

[10] Fromentin C., op. cit.

[11] Ibid.

[13] Cf. Diener Y., Les esbroufes de la HAS, forum organisé par l’École de la Cause freudienne, le 12 mars 2026, Lacan Web TV

[14]  Ibid.

[15]  Ibid.












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