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Ôter la parole à ceux qui ne parlent pas !

  • Udo Guy
  • il y a 4 jours
  • 3 min de lecture




Comment se fait-il que la psychanalyse suscite autant le rejet de la Haute Autorité de Santé ? Cet acharnement se développe en France depuis les années 2000. Soulevons d’emblée un paradoxe, plutôt un point nodal : le rejet porte sur les modalités de prises en charge d’enfants en butte avec la langue, la remise en question portant sur les pratiques de parole.

Lacan indiquait dès 1975, dans sa conférence annoncée sous le titre « Le symptôme », qu’en dépit de la position de repli et de refus des enfants autistes, « il y a sûrement quelque chose à leur dire »[1].

Dans la foulée de l’amendement 159, qui promulguait la fin du financement de l’état et des caisses d’assurance maladie pour les établissements et les psychologues qui s’orientent de la psychanalyse, le 12 février dernier, la HAS donne un coup de semonce, en interdisant les pratiques inspirées de la psychanalyse dans le soin apportés aux autistes.

Les différents projets, portés par des soignants, désireux de rencontrer l’énigme que pose l’autisme seraient donc mis au placard ?

L’autorité, adoubée du qualificatif « Haute » prend donc le pas sur la santé. Nous sommes passés de recommandations « non consensuelles » à « non recommandées ».

Il s’agit donc de forclore la dimension de l’inconscient. Exit la pulsion, le malaise, la folie pour un monde standardisé, normatif qui file droit, suivant au pas les rails de la gouvernance, du discours du maître, au nom de la dite science. La France est le seul pays au monde à vouloir légiférer de cette manière, si brutale ! Nous connaissons ‘‘ les effets retours’’ lorsque le dialogue contradictoire est rejeté et la parole bafouée !

C’est la dimension clinique et éthique qui est visée et mise à mal.

Mon expérience en institution me conduit à témoigner des effets d’apaisement dès lors que l’enfant est accueilli et rencontré à partir de sa singularité, avec ses points d’impasse, ses refus, y compris lorsqu’il peut être violent. Un échange de regard, qui fait signe, amorce de consentement, peut ainsi parfois se produire. C’est sur ces bases que j’ai pu mettre en place avec une collègue psychomotricienne, dans un hôpital de jour, un atelier nommé « Pour de semblant »[2]

Ce travail clinique que nous avons mené avec joie et sérieux pendant sept ans, a compté pour ces sujets en devenir. Les enfants étaient au rendez-vous, attendant parfois que la porte s’ouvre.

Un « doux forçage à travers lequel l’enfant autiste ou psychotique peut saisir la chance de troquer le réel pour du semblant », c’est ce que nous pouvions repérer dans la manière d’accueillir « l’étrangeté », « l’innommable », la façon de chaque enfant d’investir ou non les espaces, les petits coups de pouce donnés aux scénarii, notre position à la fois posée et sécurisée, à l’opposé de vouloir soumettre les enfants à une quelconque éducation formatée!

Ce texte est une invitation à résister et à démontrer par la clinique les effets de notre pratique orientée par la psychanalyse. Les enfants y sont sensibles, les équipes et les parents aussi !



[1]  Lacan J., « Conférence à Genève sur le symptôme », Le Bloc-notes de la psychanalyse, n° 5, 1985, p. 5-23.

[2] Di Ciaccia. A., « A propos de la pratique à plusieurs », Quelque chose à dire à l’enfant autiste. Pratique à plusieurs à l’Antenne 110, Paris, Éditions Michèle, coll. Je est un autre, 2010, p. 97.





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