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Pas-tout cerveau




La sismothérapie connue sous le nom de traitement par électrochocs ou d’électro-convulsivothérapie (ECT), est une technique de psychiatrie interventionnelle utilisée pour traiter différents types de pathologies psychiatriques sévères ou résistantes. Il s’agit d’une stimulation cérébrale par un choc électrique qui a pour objectif de déclencher, sous contrôle, une crise convulsive, soit une crise d’épilepsie. Cette technique ancienne qui remonte au début du 20ème siècle reste une solution pour les patients quand ils ne répondent pas ou pas suffisamment aux traitements psychotropes ou qu’ils ne supportent pas de fortes doses.

De nos jours, on parle de « reset », autrement dit « faire un shaker pour tout remettre en ordre, pour mieux prendre les problèmes autrement », non sans constater un hiatus concernant l’inconnu sur le tout du cerveau et l’idéal de lui redonner des connexions qui le guérissent. Cette pratique s’est démocratisée avec l’appel à un budget par Emmanuel Macron en décembre 2021 dédié, à l’hôpital Sainte-Anne.


Que nous indique cette expansion dans les services de psychiatrie dans la période dite post-covid ? Est-ce la recherche d’un désir d'harmonie pour traiter le malaise dans la civilisation, une fois constatée la faillite du patriarcat ? Ayant de moins en moins affaire avec les grands schizophrènes ou mélancoliques, nous voyons arriver, peut-être plus particulièrement depuis 2020, des sujets porteurs de troubles anxieux ou bipolaires, souffrant de dépressions sévères qu’il faut effacer pour aller mieux. Le voile des troubles psychiques sur le signifiant, enjeu du sujet, fait leurre. On croit que le sujet ira bien en lui enlevant ses troubles. Le leurre se situe du côté de la fascination et permet d'éviter la confrontation au manque de l’objet. Effectivement, peu s’intéressent au signifiant et à son rapport à l’objet qui en découle. La demande d’aller mieux en psychiatrie est-elle propre à une gourmandise du surmoi ? Car l’impératif « Tu dois avoir une santé mentale » ne fait pas de place au manque qui structure le sujet.


Qu’en est-il de l’inconscient pour les praticiens des ECT ? La question doit être abordée au cas par cas. Rappelons que Freud, bien que médecin, s’est très tôt démarqué du champ médical dans le but de mettre en valeur le symptôme chez ses patients, sa découverte de l’inconscient se situant dans la considération des processus sous-jacents observés par ces derniers : refoulement, déni, forclusion, dénégation, puis, leurs conséquences : délire, hallucination, signe discret, passage à l’acte. Ces phénomènes résultent de l’effet du langage sur le corps : « L’effet de langage, c’est la cause introduite dans le sujet. Par cet effet il n’est pas cause de lui-même, il porte en lui le ver de la cause qui le refend. Car sa cause c’est le signifiant sans lequel il n’y aurait aucun sujet dans le réel [1] ».

Or, de ce signifiant qui percute le sujet en le structurant, les ECT ne veulent rien savoir. Ou, s’ils l’aperçoivent, ils s’en méfient ou le redoutent et préfèrent alors le défier. Depuis 2023, il y a eu une prolifération de prescriptions d’ECT. Beaucoup de patients en reviennent avec une sensation de mieux-être. Mais, régulièrement, il y a un reste. J’ai gardé cette phrase d’une patiente en 2023 : « Je peux recommencer à faire des choses, mais je ne sais pas pourquoi, j’ai toujours envie d’en finir ».

Ce mieux-être, comment l’exploiter ? Si force est de constater que le mieux-être est produit, ne pas tenir compte de la parole du patient peut être fatal, alors qu’il y a chance de le mettre à profit pour commencer à saisir l’affaire du nœud des trois registres, symbolique, imaginaire et réel, pour le sujet. En effet, la clinique du nœud est la véritable clinique du symptôme.



[1] Lacan J.,  « La position de l’inconscient » , Écrits, 1966, Paris, Seuil, 2001, p. 835.












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