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La bonne intention peut en éclipser une autre




L’amendement 159 attaquant la psychanalyse avec la virulence que nous savons était étayé sur une bonne intention : réduire les dépenses de la sécurité sociale qui nous est si chère.

Les quatorze sénateurs qui l’ont proposé invoquaient pour ce faire la supposée scientificité des recommandations de la Haute Autorité de Santé.

L’amendement allait concerner les praticiens de tous les organismes et institutions qui se réfèrent à la découverte freudienne, de quelque manière qu’ils s’en servent – référence doctrinale ou mise en œuvre du dispositif de parole – visant leur pratique pour accueillir et traiter des sujets en souffrance.

Cette démarche liberticide s’est frayée une voie dans une période où l’offre faite au sujet de parler librement, dans sa langue et sans avoir à remplir des questionnaires préalables etc., est mise à mal, quand elle n’est pas disqualifiée par la même HAS : parmi les recommandations de cette Haute Autorité, l’utilisation des nouvelles technologies comme moyens thérapeutiques émanant d’une instance supposée vouloir le bien n’a-t-elle pas pris place, perpétuant ainsi la confusion du discours statistiquement construit, et de la parole vivante, et incarnée ?

La bonne intention, ce pavé de l’enfer selon l’expression consacrée, n’est en aucun cas le moyen d’une orientation pour le praticien. Ce dernier accommode, en effet, sur une intention, une intentionnalité même, qui se trouve dans le sujet, corrélative de la libido qui l’anime :« il n’y a pas que la libido, il y a une intentionnalité qui en est corrélative »[1]. Le praticien ne saurait perdre de vue cette intentionnalité toujours véhiculée dans la parole que le patient lui adresse. Le matériau signifiant, qu’utilisent les thérapies dès lors qu’elles mettent la parole en fonction, que les psychologues le sachent ou non : Seule la parole permet la mise en acte du transfert au sens clinique, c’est-à-dire autre chose qu’une identification imaginaire.

La mise en œuvre de cette intentionnalité que désormais l’on qualifiera à bon droit de symbolique, requiert un savoir-faire qu’aucun protocole n’est en mesure d’enseigner. De nombreux praticiens s’y forment dans le Champ freudien, lequel devrait donc être sanctuarisé par ces mêmes sénateurs : la parole n’est-elle pas, avec ses pouvoirs, un de leurs media de prédilection ?

Pourtant, il apparaît que certains d’entre eux s’en font les fossoyeurs ; serait-ce pour en confisquer l’usage ?

Le combat continue contre le risque de monopole que la HAS fait courir aux usagers du système de soins en matière de thérapie. Contre la menace d’un pouvoir exorbitant, il nous faut le temps que se démontre l’inconsistance des présupposés des adversaires de la discipline freudienne. Celle-ci, en effet, en bonne démocrate, ne prétend à aucune exclusivité exclusive : elle entend rester une offre, lisible dans le champ social, une offre parmi d’autres, compatible avec d’autres, dans tout le champ de la clinique, sans réserve, sans exception ; une offre que quiconque peut librement choisir et préférer à d’autres pour traiter ce symptôme, à ce moment précis de son chemin de vie, en parfaite discrétion.

Cette liberté n’est-ce pas le corollaire du libéralisme bien entendu ?




[1] On se reportera à la leçon, inédite, du 25 janvier 1995 du Cours de Jacques-Alain Miller intitulé « Silet » pour ressaisir les fondements et coordonnées de l’Action freudienne.









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