top of page

Psychologues freudiens : rien de plus concret !




Dans une interview publiée dans le percutant N°1 du magazine du Forum des psys[1], intitulé « Les ingénieurs du mental », le sénateur Alain Milon souligne qu’il y a très peu de parlementaires à s’intéresser à la santé mentale. C’est un point important dont nous devons prendre la mesure car il nous invite à agir en conséquence, de telle sorte que « chacun se fasse connaître dans son domaine sans critiquer l’autre »[2].

Nous ne pouvons qu’être d’accord sur le principe, mais une nuance s’impose selon les contextes dans lequel nous évoluons; ces contextes ne sont pas uniformes, mais tous subissent déjà un fait indéniable: c’est l’obtention de financement qui met les discours en concurrence.

Ne négligeons pas qu’il s’agit toujours d’un combat pour obtenir des moyens financiers. Or, ces derniers étant limités, ils poussent toujours à la comparaison, pour ne pas dire à la rivalité. Comment ne pas partager le constat fait par Jean-Claude Maleval quand il dit qu’il est « aujourd’hui manifeste que la qualité de la prise en charge des patients psychiatriques se détériore tandis que s’accroît massivement le financement de projets mondiaux de recherche sur le cerveau »[3]. Nous sommes évidemment favorables à la recherche, mais pas lorsqu’en son nom des mesures sont prises et imposées de force, à coups « d’offensive mensongère débridée », aux praticiens s’orientant de la psychanalyse. 

Comme vous le savez, ces raisons ont conduit notre association à s’élever contre l’Amendement 159, et contre le projet de loi visant à intégrer les centres experts à la psychiatrie. Plus récemment, nous avons alerté sur le risque très grave qui plane sur nos pratiques quand certains veulent rendre opposables les recommandations de bonne pratique de la HAS en matière d’autisme et de TND. L’association des PF, par ses articles et sa participation active aux forums aux côtés de nombreuses associations de psychologues, est mobilisée et participe au débat pour faire entendre son orientation face à la souffrance psychique. Notre visée est, non seulement de faire savoir aux politiciens notre manière de pratiquer, mais aussi de sensibiliser les psychologues de toute obédience à l’importance de maintenir notre liberté de pratique, à l’importance de maintenir une formation universitaire en sciences humaines débouchant sur la délivrance d’un titre unique, de qualité, qui offre un socle commun sans volonté d’uniformisation des pratiques, c’est-à-dire qui laisse la possibilité de choisir par la suite les outils et l’orientation théorique que chaque psychologue choisit. Nous soutenons la tension féconde qui existe depuis 1985 entre ce titre unique et la pluralité des approches; or, c’est bien elle qui est directement attaquée aujourd’hui. 

Disons-le simplement et concrètement : ce qui intéresse les psychologues freudiens c’est le terrain, la pratique, la rencontre et la mise en acte des pouvoirs de la parole avec les patients qui souffrent psychiquement. C’est donc la place que l’on donne à l’accueil de leurs paroles dès le premier contact et tout au long des soins. Nous nous intéressons à un sujet, dans tout ce qu’il a de plus singulier, là où « la psychiatrie de précision vise à traiter un circuit neuronal»[4]. Réduire un sujet à ses neurones paraît tellement éloigné de la richesse de la clinique que nous nous sentons tenus de rappeler comment nous concevons la psychologie et la psychiatrie de demain. Comme le rappellent Xavier Briffault et Sébastien Ponnou, « Le problème n’est pas que la fondation FondaMental produise de la recherche. Le problème est qu’une recherche observationnelle, non comparative, est aujourd’hui mobilisée comme argument central pour justifier une réforme structurelle du système de soins par la loi, en contradiction avec l’état des connaissances internationales »[5]. On se désintéresse de la pratique pour ne plus parler que des moyens pour reconstruire ou réformer en profondeur la psychiatrie en France par des mesures déconnectées du réel. S’il n’y a rien de plus politique que de réfléchir à la façon dont une société souhaite prendre en charge la souffrance psychique, la conduite d’une telle réforme ne peut se faire de manière autoritaire, sans consultation des premiers concernés.

À l’heure de la restructuration des politiques de soins en santé mentale, nous tenons à rappeler que les PF sont farouchement opposés à « Mon soutien psy » depuis la première heure, car outre qu’ils soupçonnent fortement que son financement se fait au détriment des structures de droit commun existantes et mises à mal aujourd’hui, ils anticipent quelques conséquences : une modification de la formation pour valider celle-ci de manière dite scientifique et le retour de l’Ordre des psychologues, dont une grande majorité de la profession ne veut pas, pour « sécuriser » les professionnels.

Aucune publicité du dispositif « Mon soutien psy » ne fera oublier que son financement est celui qui autrefois soutenait les services publics. La France ne manque pas de psychologues prêts à travailler en institutions pour accueillir les patients dans des délais raisonnables et leur apporter la prise en charge nécessaire à leur besoin.

Le problème n’est ni le diagnostic, ni la qualité des professionnels, mais le manque cruel de moyens financiers et humains. Arrêtons de vouloir faire des économies dans le domaine de la santé mentale, ayons le courage d’une politique de soins ambitieuse qui reconnaît le temps nécessaire à une prise en charge sérieuse de la souffrance psychique, ne reculons pas à mettre les moyens financiers pour y répondre. Plutôt que d’augmenter les critères d’admission à une hospitalisation ou de presser les patients à aller mieux, soutenons des institutions pour les accueillir, renforçons les moyens humains, reconnaissons le précieux travail d’équipe pluridisciplinaire et la nécessité des temps d’échanges cliniques, n’ayons pas peur de dire que l’abord de la santé mentale doit être une priorité nationale, non pas à partir des ingénieurs du mental, mais en s’appuyant sur la voix des praticiens de terrain, ça c’est du concret ! 


Faire entendre sa voix nécessite de savoir à qui on s’adresse, c’est en quoi le magazine du Forum des psys est précieux puisqu’il s’attache, dans ce premier numéro, « à identifier les personnages par lesquels passe la propagande antipsychanalyse »[6], vous pourrez lire qui sont les bien nommés « ingénieurs du mental » et ainsi mieux décrypter l’actualité de notre champ- ce magazine est à retrouver chez votre libraire. 


Faire entendre sa voix est possible au sein des PF et au-delà en adhérant à l’association et/ou en proposant un article sur votre pratique pour notre newsletter. 


Si vous aussi, vous souhaitez vous engager, c’est le moment, rejoignez-nous ! 

Il vous suffit de remplir le bulletin d’adhésion. 


Hélène Girard

Présidente des PF 




[1]  Cf. Interview de Mr Alain Milon, sénateur, « Je suis un instrument influent », in Magazine Forum des psys, Numéro 1, avril-mai 2026, p. 23-29.

[2] Ibid., p. 28.

[3]  Maleval J.-C., « La psychiatrie de précision n’est qu’une promesse », in Magazine Forum des psys, Numéro 1, avril-mai 2026, p. 37.

[4] Ibid. 

[5] Briffault X. & Ponnou S., « Voulons-nous réorganiser la psychiatrie sur la base de preuves scientifiques aussi fragiles? », in Magazine Forum des psys, Numéro 1, avril-mai 2026, p. 33.

[6] Quatrième de couverture, Magazine Forum des psys, Numéro 1, avril-mai 2026. 






Commentaires


bottom of page