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S’orienter dans le trouble général de la psychiatrie publique

Dernière mise à jour : il y a 2 jours



Lieu asilaire par définition où la folie avait trouvé à se loger, la psychiatrie publique a traversé maintes évolutions et remaniements, qu'ils soient médicaux, théoriques, sociétaux et politiques.

L’état de nos lieux d’hospitalité publique est plus que préoccupant, marqué par une rupture radicale avec tout son passé riche en clinique et en psychopathologie et où, les soignants pouvaient accueillir les patients le temps nécessaire.

Une bascule comptable et managériale a balayé tout un édifice forgé par le temps, a entamé le travail pluridisciplinaire, a transformé la clinique et la demande des patients renommés usagers. La question de la santé publique, dépsychiatrisée et généralisée, est devenu l’affaire de tous et pour tous. Le malaise dans la société est ravalé au rang de « problème de santé publique ».

La spécificité de la psychiatrie est supprimée et absorbée par le nouveau terme de « santé mentale ». Ses ressorts et ses enjeux s’appuient sur un parti-pris biologisant et sur un axe de recherche univoque, sensé trouver le moyen universel le plus efficace et éradiquer la souffrance psychique humaine.


Les alertes, les mobilisations et les mouvements de grève nationaux peinent à contrer la machine destructrice qui sévit dans le champ du soin, ces vingt dernières années. Il en résulte un appauvrissement général dans la pratique lié à des sous effectifs, des postes non pourvus, des services d’hospitalisation sans référence psychiatrique, des hospitalisations se limitant à la gestion de « crise aiguë », des suppressions de services, une baisse du nombre de lits, une valse de psychiatres vacataires et d’intérimaires, ou encore une réduction drastique du personnel soignant. Cela a un coût, non chiffrable, humain, sociétal, civilisationnel.

En s’emparant de la question du soin, les politiques dépossèdent la psychiatrie de ses fondements et de ses articulations théorico-cliniques.

Dans le trouble général hospitalier, la démobilisation est massive et la déresponsabilisation à tous les étages, chacun y répond avec ses moyens. Alors, une question parmi d’autres : Qu’est-ce qui fait tenir ces corps en service, maintenir le cap et le désir de travail ?


Je propose d’essayer d’en dire quelque chose depuis mon lieu d’exercice professionnel et mon expérience en tant que psychologue clinicienne. En 1997, premier poste en psychiatrie publique, je découvre un univers à part en intra-muros et fait aussi l’expérience de la sectorisation avec une équipe de l’intra-hospitalier, nous lançant joyeusement dans l’aventure ambulatoire, en CMP (Centre-médico-psychologique). J’avance pas à pas, me laissant enseigner par les patients, misant sur le vivant de la parole. Tant les patients que les équipes sont concernés par l’acte de parole à cette époque. Donner du sens aux dires et au désir intéresse et nourrit un collectif de travail.

En FPH (Fonction publique hospitalière), des textes réglementaires définissent nos conditions d’exercice et nos missions, déclinant trois fonctions : fonction institutionnelle, fonction clinique et fonction FIR (Formation-Information-Recherche). Cette fonction FIR, est mise à mal. Pourtant essentielle, de moins en moins de psychologues s’en saisissent. En institution, il s’agit de faire valoir, non seulement nos statuts spécifiques à la fonction hospitalière mais aussi, notre place et le choix de notre pratique. Cependant, cela ne suffit pas dans le travail auprès de ceux qui s’adressent à nous. Ma clinique ainsi façonnée, s’est construite et déconstruite jusqu’ à une rencontre déterminante avec une psychologue psychanalyste.


C’est à la psychanalyse et ses enseignements que je dois de solides repères cliniques, de pouvoir les articuler à la pratique et d’en vérifier les fondements théoriques. Au-delà de mon lieu d’exercice, j’ai découvert la nécessité de trouver des espaces pour continuer à me former, à rencontrer d’autres praticiens, à adresser mes questions mais aussi mes trouvailles. Pour le dire en terme freudien, engager ma libido en dehors de mon lieu travail dans des lieux où l’on réfléchit la clinique, a un effet revivifiant.

Face aux questions institutionnelles et pressions en tout genre, l’éthique et la responsabilité soutiennent une position mûrement réfléchie et une manière de faire dans la pratique.

Boussoles en ces temps ténébreux et mortifères, elles donnent des pistes pour continuer le travail et défendre la singularité. En effet, c’est dans le détail, dans une réponse, un discours ou bien encore, un acte posé, dans la rencontre avec un soignant, un cadre, un psychiatre ou un directeur, que l’orientation analytique peut faire différence et poids.


Transmettre les éléments cliniques pour chaque patient entrant en hospitalisation, soit oralement, soit par écrit, permet de faire entendre la parole du patient et de maintenir un lien de travail pluridisciplinaire. Se soucier de leur accueil, de leurs conditions d’hospitalisation ainsi que des effets et des modalités de sortie et d’orientation. Incarner un discours analytique, d’une manière choisie et adaptée au lieu d’exercice. Et quand les équipes ou même un seul soignant en mesurent les effets et la portée, un pas de plus est fait pour que soit préservée une pratique qui ne cède pas sur son désir.




Les PF ont publié de nombreux articles autour de ce thème, vous pouvez lire ou relire les articles de:

Evangelia Tsoni : Chronique(s) en psychiatrie

Delphine Bourotte : Les psy(ne) causent(plus)

Victoria Ailloud-Perraud : Approche psychiatrique et approche psychanalytique : quelles différences d’après Freud ?

Anne-Cécile Nackaerts : « Le Don de la parole »

Philippe Cousty : Faire confiance à l’inconscient












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