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Une démarche éthique de Sigmund Freud




Dans son texte intitulé La nervosité commune [1], Freud, s’interroge sur la présentation de son travail et sur le reproche qui pourrait lui être fait de ne pas aborder la question de la nervosité à partir des signes cliniques les plus simples passant de « la compréhension des formes les plus quotidiennes plus simples jusqu’aux problèmes des énigmatiques phénomènes extrêmes de la nervosité »[2] .

Une phrase a retenu mon attention, en ce qu’elle contient une éthique du chercheur, de la transmission tout aussi bien : « il y a souvent dans la matière elle-même quelque chose par quoi l’on est commandé et détourné de ses intentions premières. Même une opération aussi anodine que la mise en ordre d’un matériel bien connu ne se plie pas tout à fait au libre arbitre de l’auteur ; elle tourne comme elle veut, et l’on ne peut que se demander après coup pourquoi elle a abouti de cette manière et pas d’une autre »[3].

La matière commande et en l’occurrence, ici, la matière c’est ce qui a trait à l’inconscient et à la libido. La matière mentale, pouvons-nous dire avec les mots d'aujourd'hui, ne doit pas être prise à la légère mais au sérieux. Entre « la compréhension des formes quotidiennes plus simples » et « les problèmes des énigmatiques phénomènes extrêmes de la nervosité »[4], il y a le passage sur un autre plan, une béance qui oblige à recourir à la construction de concept pour saisir l’énigmatique, quitter le “comprenable” qui se présente comme ce que le Moi peut saisir.

La dimension de l’inconscient, suppose par exemple de distinguer le sujet de l’énonciation du sujet de l’énoncé, elle rend compte d’un fait de structure. L’univers du discours n’est pas fermé sur lui-même, un signifiant ne peut se signifier lui-même, il y a le malentendu, l’équivoque. Parler ne consiste pas en une simple opération que la linguistique décode sans reste, car parler emporte avec soi la question de la jouissance : pas tout est langage, une part lui est hétérogène, et échappe à toute mesure. Voilà la complexité qui font que l’on ne peut traiter la dimension de la souffrance psychique à l’égal de n’importe quelle pathologie organique.

Ce travail de conceptualisation, à partir de la clinique, nécessite de prendre appui sur les références de différentes disciplines, aussi bien actuelles que anciennes. Freud s’intéressa beaucoup aux découvertes des ruines antiques, et aux textes classiques. C’est une nécessité si l’on veut fonder ce champ particulier qu’est la psychanalyse en tant qu’elle se constitue sur la faille que produit l’avènement de la science. Confrontée à un impossible auquel elle ne peut répondre avec ses outils, la science ne pouvant recouvrir tout le réel, laisse un champ que la psychanalyse va occuper, Lacan indiquant que le sujet de la psychanalyse c’est celui que la science doit mettre de côté pour avancer, sans pour autant être obligée de le renier.

La volonté à tout prix de soigner, nous indique Freud, peut produire le pire car le patient n’est pas atteint d’une maladie qui lui tombe dessus. Il y a une fuite possible dans la maladie qui peut avoir une fonction, celle de se protéger de l’atteinte d’un réel face auquel il va se trouver en difficulté, et parfois totalement démuni. Il ne s’agit pas de se tenir « dans le rôle du fanatique de la santé » car « la nécessité peut exiger d’un être humain qu’il sacrifie sa santé », et « il faut accorder que, dans bien des cas, cette fuite est pleinement justifiée, et que le médecin qui a reconnu cet état de fait se retirera en silence et avec ménagement »[5].

En lisant le texte de Freud, l’on ne peut s’empêcher de constater la délicatesse avec laquelle il traite la souffrance psychique. C’est une position éthique.

Freud écrit et réfléchit avec les principes de la science, d’une science qui inclut le sujet. Or, aujourd’hui, c’est le scientisme qui veut s’imposer comme un danger mortel qui vise l’éradication du sujet.


 [1]Freud S, « La nervosité commune », Conférences d’introduction à la psychanalyse, Paris, NRF Éditions Gallimard, 2007, p. 479.

[2] Freud S, « La nervosité commune », Op. cit., p. 480.

[3] Ibid.

[4] Ibid.

[5] Freud S, « La nervosité commune », Op. cit., p. 485²&.




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